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2008/1/29 Les vraies vérités vraies du mardi : censure...Oh! chouette, le retour de la chronique pas longue qui combat les idées courtes...
Cette fois, de la censure imposée "aux livres" - pour faire court, vieille tradition des états ou régions "obtuses" à l'Esprit. Il y en a des paquets, d'exemples d'imbécilité du genre censure. J'ai décidé de m'arrêter sur deux cas, dont l'idiotie dépasse même les idéologies qu'ils représentent... Nous sommes donc - à tout seigneur tout honneur - en Amérique, dans les années 50 - n'y voyez pas un mode "passé" de pensée, ils sont pour la plupart toujours comme cela aujourd'hui... profonds.
INDIANA, 1953 :
Une Commission des manuels scolaires de l'État d'Indiana exigea que des textes tirés de Robin des Bois soient retirés des livres d'école en alléguant que ce héros était communiste - il prenait aux riches pour donner aux pauvres.
ALABAMA, 1959 :
Le Mariage des lapins, de Garth Williams, fut interdit dans les bibliothèques de l'État d'Alabama parce qu'un lapin blanc y épousait un lapin noir !
Idiot n'est-il pas..? Ce serait drôle, vraiment drôle, si ce n'était pas pénible... 2008/1/27 Volvo 300 Mania (site de la semaine)En pleine période "Motor Show de Bruxelles", qui se termine ce dimanche et que l'on appelait autrefois "Salon de l'Automobile" - allez savoir pourquoi nos "grands stratèges marketing" se sentent obligés de trouver des appellations ridicules à des événements qui n'en sont plus... Ou justement parce qu'ils n'en sont plus. Bref, en cette période où le show remplace la culture, en cette période où toutes les voitures sont vertes là où elles sont dans le rouge, où esthétiquement nous sommes dans la "période optique cubiste" (sic) - à croire que les études des designers sont financées par des fabricants d'optiques ou de calandres, pour ainsi dire des faiseurs de plastique ; en cette période donc où une Opel est une Renault, une BMW roule au diesel Peugeot et où t'achèteras bientôt ta caisse au supermarché du coin - ça ne vaut pas plus ; petit billet sur un site consacré à une automobile (resic), que l'on peut toujours, selon moi, qualifier d'objet culturel.
En disant cela, certes, je prends le risque de choquer les grands amateurs produits de la décennie "Airbags-ABS-Air conditionné"* - vous savez, celles de la période "sécurity merchandising AAA" mais je m'en tape "hAhAhA", comme eux s'en tapent d'un certain art de vivre automobile, c'est de bonne guerre... Donc, digressons digressons (j'adore!) pour malgré tout en venir à cette voiture, certains diront "canard", de culture nordique née en Hollande motorisée à la française (oui, je sais lecteur, un avant goût du mélange actuel - je ne suis pas à une contradiction près, mais le tout se situe dans la nuance culturo-humoristique (reresic) à accorder à cet ensemble, cqfd).
Cette caisse, eh bien c'est la Volvo série 300, qui devait naître en Hollande sous l'appellation DAF 77 - et qui n'a jamais conduit une DAF soit flagellé à coups de courroies de transmission ; moi j'ai eu le bonheur de conduire la DAF 55, et suprême honneur, d'en changer la boîte et les courroies, ainsi que la délicieuse "66" sous son appellation Volvo, déjà - certes manquent au tableau la "33" et l'inénarrable "Dafodil", merveille de simplicité et d'humour (mais oui!). Bref, DAF 77 disais-je, avec sa traditionnelle boîte "variomatic", à courroies, souvent copiée, jamais égalée et son moteur Renault en 1397 cc, le moteur des Renault 18, évolution du 1289cc des Renault 12 - j'ai conduit les deux yeah! : quelle culture volant, mais oui mais oui. J'ajouterai, question de digresser encore, mode très culturel d'insulte à l'ici-tout-de-suite-et-maintenant-je-paie-comptant-à-crédit, que dans ma prime jeunesse (vers mes 26 ans, par là!) j'ai connu, épreuve ultime d'amour-haine (on peut dire ainsi!?!) le plaisir de culbuter une 343 blanche 1978 (non, pas verte...) l'espace d'environ deux tonneaux, la chérie s'étant posée sur le flanc, offrant ses dessous "Sado-Maso variomatic" à tout un chacun, et que, preuve en est faite dés lors qu'un pare-brise, et sa béance à taille humaine, font joliment office de porte de sortie lalère. Hop, reposée sur ses roues, et hop reroule. Digressons encore pour dire que conduire une 300, j'y viens, est (était!) aussi une forme de digression à l'aller simple "point A - point B" et ses moroses retours, que driver avec une 300, et en l'occurrence principalement une 360 GLT "deux litres injection"... à boîte mécanique - et la tradition, bordel! - avait quelque chose d'un art de vivre automobile. Qui, mieux que "Volvo 300 Mania", site des aficionados-à-bretelles face aux faiseurs de kilomètre-à-ceinture, pour conter, quasi chemin faisant, le charme de cette auto carrée jusque dans les coins qui, quasi 20 ans à digresser sur nos routes humides ou à pavés (20 ans! un crime à notre époque du "rouler-jeter" automobile - comique l'idée du "prêt-à-jeter", sous-évolution du prêt-à-porter...). Je ne peux que vous encourager à visiter ce site un poil anachronique et par-là culturel, à sa manière, qui rend compte de l'existence, de la maturation aux fins de série, de cette charmante et singulière automobile qui fait vraiment partie du panorama culturel de beaucoup d'entre nous, d'entre vous, par "filiation" directe et indirecte.
Un site simple d'accès, lisible, sans fioritures et très complet (historique, essais, bibliographie...). Un site de vrai passionné, chapeau! Des vidéos téléchargeables aussi, dont une 340 "de course", très mal conduite... d'accord, lui, il finit pas en tonneaux, d'accord... mauvaises langues..!
Aussi, une voiture qui me manque, pour son charme simple et aussi son usage confortable, fiable et mieux, durable. Une voiture qui mérite d'être (re)découverte, et une voiture qui mérite d'être "collectionnée", non pas comme un investissement (je vous vois venir... vous n'y gagnerai pas une quille!) mais comme un objet (l'automobile restant un objet) utilisable quotidiennement, histoire aussi de rouler "différent", gentiment, et avec un charme désuet... c'est aussi cela la culture. Je n'ai plus possédé de voiture depuis! Signe des temps? Ben... faut choisir, la bagnole ou le théâtre, le second ne suffisant pas à financer le premier... chère culture.
Volvo 300 Mania vous invite au voyage, laissez vous prendre le temps d'un "auto-stop" sur le net. En français et en anglais. Galerie photo sympa, même si certaines transformations - l'avis du carrossier et de l'amateur de "300" - sont assez lamentables (ahhh les dérives de seconde, troisième ou pire Xème main...)
J'ajouterai, pour conclure digrestement (rereresic), qu'elles ont fait partie de mon univers de route :
La 360 GLT est aussi une très belle voiture, franchement élégante (bien que je préfère les versions d'avant 1988, becquet arrière assez laid, pas vraiment sobre!), très confortable et présentant tout les avantages d'une propulsion (j'ai longtemps conduit une BMW 2002 Ti), avec sa répartition des masses équilibrée : boîte et pont à l'arrière) ce qui lui permettait, par exemple, de se passer de direction assistée - peut-être la direction était-elle un peu trop démultipliée, mais permettait un "senti" de la route franc et direct. Un moteur 2 litres d'environ 116 CV, tout en douceur! GLT n'étant pas "GTI". Le rêve : quelques pièces mécaniques - pas de carrosserie - de la 340R sur la GLT, qui je pense ne nuiraient pas à l'homogénéité de cette agréable voiture!
Prochaine rubrique culture automobile, une autre "inénarrable" mais passionnante bébête pas idiote qui monte qui monte (quand elle veut bien démarrer, lol) Citroën GS et GSA (qui n'en a jamais conduit me jette la dernière sphère - poc, aïe!) ; il existe aussi un site d'un dingue de la GS (il y en a au moins un! faux : j'en connais un second, qui après des années de bonheur hydropneumatique intégral - le vicieux -s'est reconverti à la Mercedes diesel - traître!), mais c'est une histoire pour plus tard, la prochaine de ce domaine (les deux précédents articles concernent la R16 - j'ai enfin ma R16, sur la cheminée du salon, au 1/18è... beuheu ; et la top-sublime Triumph Dolomite Sprint). * Air conditionné qui n'est pas très "vert", soit dit en passant, mais on fait pas d'omelette sans faire de trou dans l'Ozone couche... sans compter les inconvénients pour la santé (comme quoi on peut faire dans le vert et garder la sécu' dans le rouge... mais ce sera probablement un prochain argument de vente quand nos incultes commerciaux (tous!) ne sauront plus reverdir leur propos bateau... ** Société Supertax Taxis Jean, aujourd'hui disparue (place aux grosses boîtes impersonnelles...), qui oeuvrait (c'est le mot) avec sa "flotte" de 240, 340, 740 dans les années 90' (ajoutons aussi une robuste mais élégante Ford Granada 2.5 diesel!)... Hep, Taxi!. Autre lien : http://www.forum-auto.com/automobiles-mythiques-exception/section5/sujet376797.htm 2008/1/25 Les vendredi du Neuneu (7) : championne de surf...Après le foot et ses champions - Scifo ; une méga championne (non, pas Hénin, pas encore...), une spécialiste du surf à la belge... Qui? Haha... Alors! Qui surfe, hohisséô, sur la vague de la marche blanche? Qui surfe, très à cheval, sur la vague féministe - pour ne pas dire vaginocrate du droit de garde des mères belges au mépris des pères magrébhins - ah ça! on ne surfe pas sur le "beurre" ? Qui, encore, surfe sur la vague médiatique de l'image mais ô - que d'ô que d'ô - ne supporte pas surfer sur bande son radi-ô? Qui, aussi, est capable d'être aussi con qu'un "macho-mec" et traiter ses collaboratrices de "sale pute" et, encore, d'aimer tout le monde sauf "la surfeuse rhénane" - petit nazi..?
Eh bien notre championne neuneu de la semaine est cette incomparable figure de la vague du surf socialiste, assez gauche, dont l'unique problème est de chaque coup prendre l'eau, je nomme Anne-Marie Lizin, la béni Huy-Huy surfeuse du bord de meuse un poil xénophobe.
Hop, une vague populiste - hop je saute et, hop, je coule... bloub. Le surf est "élitaire" et ne supporte pas longtemps le populisme d'en bas, haute la vague...
N'en jetez plus, des bouées, noyez la! Surfin'Huy SA... 2008/1/24 "Viendra-t-il?" : Philippe le GuillouTiré du roman "Les sept noms du peintre", de Philippe Le Guillou, un court extrait du chapitre "le testament du Maître". Juste pour le plaisir des mots en lecture ou énonciation.
" Viendra-t-il? Ce sera vers le soir. Il y aura un bruit d'eaux que froisse une étrave. Dans les derniers rayons du couchant, les sorbiers et les feuillages auront des flamboiements extraordinaires. Ce sera une forme tremblée, lumineuse, comme chez Rembrandt et Turner. Un nautonier des eaux rouges et noir".
Et la force d'évocation de la langue, superbe... Comme souvent chez Le Guillou.
"Les sept noms du peintre", prix Médicis 1997 - Folio n°3473, +/- 9€.2008/1/19 Musée de la Photo : Meyerowitz/WendelskiDouble exposition au Musée de la Photo de Charleroi, une de nos institutions culturelles d'importance - avec Charleroi Danse, le Théâtre de l'Ancre et le BPS 22, donc ne nous privons pas de souligner une de leurs multiples activités.
Musée de la Photo donc, avec une double exposition qui se tiendra du 19 janvier au 4 mai 2008 ; d'une part le volet consacré au photographe américain Joel Meyerowitz (Out of the ordinary 1970-1980) et, d'autre part au belge Marc Wendelski (Nage libre).
Comme toujours au Musée de la Photo (Centre d'Art contemporain de la Communauté françaiseWallonie-Bruxelles), les expos sont de qualité et, ne gâchons pas notre plaisir, dans un cadre qui lui aussi vaut le coup d'oeil.
Infos complètes : (cliquez sur l'image pour la visionner en taille réelle)
Meyerowitz : http://en.wikipedia.org/wiki/Joel_Meyerowitz
Infos générales, renseignements : http://www.museephoto.be/
Soulignons aussi, d'un point de vue pédagogique, mission culturelle que notre musée rencontre, un stage photo pour ados (13-17 ans) intitulé "Ma ville idéale", les lundi 4 et 5 février (infos : cliquez sur l'image) :
Voila, à Charleroi du coin de l'oeil pour les sens en éveil...
2008/1/14 Anthropologie Manset - comme un guerrier (interviews, clips)Je l'ai déjà écrit souvent : Manset est un de mes artistes préférés, une référence : capitaine courageux, un de ses titres (album revivre - 1991) était le titre de mon travail d'écriture (carnet de bord) pour l'examen d'entrée à l'Insas, école de théâtre et cinéma, et aussi l'intitulé de mon mail...
J'ai aussi, délibérément, classé ce billet dans "a few words from...", la qualité des textes de Manset mérite cela et j'en mettrai un extrait...
![]() Il y a donc cette semaine 2 vidéos, que je considère plus comme un document que comme de simples clips. Doublement "documents", car nous retrouvons ici des images d'une émission mythique des années 80 : les enfants du rock, programme proposé assez tard le soir par Antenne 2 à l'époque... Une émission jamais remplacée, d'un très haut niveau "culturel". Nous retrouvons donc des extraits d'interviews de notre Gérard Manset, vraiment intéressants et qui permettent de replacer l'artiste dans le contexte de l'époque (début 80's) ; extraits d'autant plus rares qu'il n'a plus jamais, à ma connaissance, donné d'interview télé ou fait de plateau. Des extraits vidéo aussi, de quelques chansons, ainsi que, seconde vidéo, 3 morceaux complets (sommaire plus bas!). Il a l'air assez dans une période "loup des steppes", à l'époque, son oeuvre est moins sombre mais tout aussi dans la chair de l'humain d'aujourd'hui...
Document sur Manset donc, que l'on peut définir comme anthropologue du genre humain, à l'écriture que j'appellerais mallarméenne - et d'une simplicité formelle exceptionnelle. Artiste qui refuse aussi de se produire en public - l'amener sur scène est à peu près 17 fois plus difficile que de programmer réunis Yves Simon et Michel Polnareff, lol. On peut admettre que ce n'est pas un artiste qui retourne systématiquement sa veste, et par ailleurs, tout en étant "évolutive" et contemporaine d'un propos actuel, son oeuvre est typique, singulière et ce reconnaît à la première écoute. J'aime cette fidélité, c'est la marque d'une "responsabilité artistique", ou pour le moins d'une identité. Une facette moins connue de Manset est son travail photo, qu'il réalise au cours de ses multiples voyages, aujourd'hui encore. Il en existe des éditions (voir lien site, bas de page).
Les vidéos ("sommaire") ; avant tout elles représentent, cumulées, un document de 20' sur Manset et méritent d'être suivies dans leur intégralité, le bonhomme en vaut la peine.
Première vidéo (+/-6 min.) : principalement des passages de l'interview, très intéressants et des extraits de "chansons" - "Train du soir ", "Y aune route", "Les loups" et son titre le plus connu, et qui lui a collé l'étiquette d'une sorte de baba cool soixante-huitard, le beau "Il voyage en solitaire". 1er opus à voir pour sa dimension documentaire donc.
Seconde vidéo (+/- 14 min.) : les "clips" complets, trois avec quelques interludes parlés, extraits aussi de l'émission les enfants du rock, mais pas tous les mêmes (certains bien!), et sont un complément non négligeable à la 1ere vidéo. Le son est pas exceptionnel, c'est dommage! Il y a aussi le début du morceau "Les loups", une vingtaine de secondes.
L'extrait (écoutez-le sur le clip), je le prends dans sa seconde partie, où les thèmes se croisent (deux personnages, deux histoires, deux visions de la réalité - 1 qui meurt, l'autre qui cesse de vivre... (...) Comme un guerrier
Qui perd son bras,
Son œil au combat
Mais quand tu t’éveilles,
Que tu vois la bouteille,
La lampe brisée
Sous la moustiquaire,
Alors, t’as perdu la guerre
Et l’indienne est partie.
Elle a jamais vu la mer.
Tu lui avais promis.
Elle en a marre de la misère.
Elle voulait voir les lumières de la ville.
Elle voulait voir les lumières de la ville.
Comme un guerrier
Condamné, condamné,
Avec son œil de verre
Mangé par les vers,
Percé de flèches empoisonnées,
Condamné, condamné,
Avec les ailes brisées.
Tu resteras seul
Avec des mouches plein la gueule,
Les semelles collées
Tu sentiras dans ton dos
Glisser les anneaux
Du serpent froid
Ce s’ra la dernière fois.
Sur la grande rivière,
Le paradis sur la Terre.
T’as l’indienne qui court,
Qui hurle à l’amour,
Aux pierres aux ronces,
Et qu’a pas de réponse,
Et qu’a pas de réponse.
Voila! Qu'est-ce que j'aimerais que l'on dise que mon théâtre est au spectacle ce que Manset est à la chanson... C'est un challenge, mais les thématiques qu'il développe me semble tellement essentielles, et je dis cela tant sur le fond que la forme : un théâtre témoin du monde (comme chez Handke, finalement assez proche de Manset je trouve) - par certains côtés, je m'en sens assez proche ; je fais beaucoup pour, aussi...
Le lien essentiel vers l'univers Manset, auquel j'emprunte les vidéos et l'extrait de texte :
J'ajoute la fin du morceau, coupée sur la vidéo, "de Comme un guerrier"
Alors, tu te sens si vieux,
La main devant les yeux.
Le mal te guette
Et ce soir peut-être,
Sous le million d’étoiles,
A pleurer sur le sac de toile,
A pleurer sur le sac de toile.
Et ça nous pend tous au nez... Et que ce qui relie les morts et les vivants, sous les étoiles, ce sont les pleurs (même mort tu continues à pleurer...).
Vous saviez vous, qu'il avait composé pour Indochine, Birkin, Dalida.... héhé. Et vers 68-70, avoir fait partie d'un groupe expérimental avec Sheller (on retrouve les morceaux sur un "coffret" Sheller.Et tu resteras seul, avec des mouches plein la gueule... Le paradis sur terre avec l'indienne qui court, qui hurle à l'amour... comme un guerrier...tu sentiras dans ton dos le serpent froid... Tu lui avais promis... l'a jamais vu la mer... sous la moustiquaire... condamné condamné... avec les ailes brisées... t'as perdu la guerre. 2008/1/13 Le blog, site du week-end : "Muet comme un carpe diem"Parfois, aux détours d'une paresse, on tapote le clavier pour s'en aller voir ce qu'internet raconte des autres, de soi, du monde... et malgré l'âme indolente d'un jour de "rien foutre", ou presque, l'oeil parfois s'attarde au hasard d'une rencontre, d'une image, d'un écrit. Surprise! s'allume sur ma rétine le vocable "Blanche Neige de Walser"... Ah ce dit l'internaute paresseux, ça nous concernerait-t-y-pas un p'tit peu (non mais! suis un spécialiste de Blanche Neige, depuis que j'ai joué les princes absolument charmant, sous la direction de Nicolas Luçon - on m'la fait pas à moi).
Et bien voici un article, bien rédigé, documenté d'un spectateur qui a bien compris, d'une part, les enjeux de la pièce, et d'autre part la dramaturgie liée à cette oeuvre de Robert Walser. Et ce n'est pas parce que la "critique", du spectacle, en est "bonne" que j'écris cela mais bien pour la qualité de l'ensemble de l'article ; et soit dit en passant, que me faire traiter ici de "quelque peu dégarni" passe très bien : on est loin des remarques idiotes d'un spectateur, universitaire, qui a l'occasion d'une rencontre avec le public lors des représentations de Bruxelles, n'avait rien d'autre à dire que d'établir des inepties sur le fait que le prince soit "joué par un vieux" (41 ans) ou sur la couleur de mes chaussettes... - soit.
Bien entendu, tout cela m'entraîne à explorer plus avant ce blog. Eh bien travail remarquable que celui des "chroniques", sur "Muet comme un Carpe diem". Je m'explique : films, romans, nouvelles, BD, spectacle, littérature jeunesse... tout cela y est sérieusement chroniqué, d'une manière accessible, sans se prendre la tête (c'est aussi un des objectifs de Christophe, notre sympathique blogueur lillois!). Ce blog, site, n'a qu'une année et franchement il me scotche par sa qualité de contenu, la simplicité de sa présentation et la convivialité de son usage. L'humour y est aussi, en filigrane, complètement présent. Pour "preuve" le "slogan" du blog :
La pluie nous protège des parapluies. Rien n'est grave puisque tout est aigu.
Autres qualités : la possibilité de s'inscrire à une newsletter, un moteur de recherche, possibilité de laisser des commentaires - et ils sont suivis, j'en suis le témoin heureux!
L'adresse de Muet comme un carpe diem :
(Ne perdez pas votre vie à la gagner!)
Le lien vers la chronique "Blanche Neige, Robert Walser :
Voila, si vous êtes amateurs de culture, cherchez des comptes rendus de bouquins, films, spectacles, ou simplement pour la simple découverte n'hésitez pas à vous y promenez à loisir. J'ajouterai que c'est aussi une manière agréable de se tenir au courant de ce qui se passe chez nos amis français du Nord, et plus précisément de Lille, ville que j'aime beaucoup pour son dynamisme et sa jeunesse, et son environnement urbain.
Vous pourrez retrouver le lien général dans la liste "Au Pays des Merveilles de Juliet..." (Culture pour l'oeil, l'oreille, la bouche...) 2008/1/12 Agenda Théâtre: "Greek", de Steven BerkoffRetour sur le blog de l'agenda culturel, qui retrouvera sa place 2 x par semaine, le samedi pour le théâtre, la danse ou l'opéra (bref les Arts de la scène!), et le jeudi pour d'autres types d'événements (expos, concerts, happenings...).
Donc aujourd'hui théâtre. Nous retrouvons donc, après l'avoir déjà croisé en mai/juin 2007, Le "Greek" de Steven Berkoff. Steven Berkoff, auteur et acteur punk anglais des années 80 ; Greek étant une revisite d'Oedipe, mais dans le Londres des eighties, dans une mise en scène de Guillaume Dumont, qui assume avec ce texte une première mise en scène 100 % professionnelle...
Pour l'avoir vu, un spectacle décapant, engagé et dérangeant dans une esthétique très personelle et signifiante. A voir, assurément.
A l'Atelier du Théâtre de la vie, du 24 au 26 janvier à 20h15 ; le 23 à 21 heures.
Rés. : 02/219.60.06 - reservations@theatredelavie.be
A noter, le 23 janvier dés 19h00, une rencontre publique avec le metteur en scène, et Jean-Marie Piemme, auteur et dramaturge (Entrée libre).
Autres infos, distribution : image çi-dessous
Wikipedia Steven Berkoff : http://fr.wikipedia.org/wiki/Steven_Berkoff
Wikipedia Oedipe : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C5%92dipe
Cliquez sur l'image pour infos en taille réelle!
EXTRAIT VIDEO : http://www.dailymotion.com/video/x3htox_greek_creation
Moi, j'y retourne, le 25. A bon entendeur... 2008/1/11 Les vendredi du Neuneu (6) : Enzo ScifoQu'est-ce qui est con comme deux Zidane, restaurateur faillit à Waterloo, qui est aussi heureux dans le rond central qu'un poisson rouge l'est dans un aquarium, qui est à l'intelligence ce que Dragone est à l'art, c'est à dire un louvièrois (maria déï!) et qui est, j'ai mal pour eux, le nouvel entraîneur de l'Excelsior de Mouscron, en football?
Eh bien c'est Enzo Scifo. Rien qu'en disant cela j'ai l'impression d'avoir tout dit... c'est comme Schmitt ou Dragone en somme! Certes, ballon au pied - je ne me permettrais pas de lui ôter cela - il avait d'évidentes qualités, internationalement reconnues ; le problème, souvent, chez les sportifs : c'est "l'après", où l'on a besoin d'autres qualités que 10 doigts de pieds (vous comprenez maintenant pourquoi "N°10", cqfd) et quelques "stuts".
L'après c'est entraîneur, souvent... des fois ça marche, des fois moins. Eh bien, ici nous avons le roi du moins (si, si j'le jure) - peut-être un banc rond, si ça peut l'aider.
Le Neuneu de la semaine est donc Enzo Scifo, nouvel entraîneur de fond - ou futur fossoyeur? - de l'Excelsior Mouscron, club actuellement en division 1 du championnat de Belgique de Football.
Ajoutons aussi, que c'est bien fait pour eux, à Mouscron. Il suffit que le club se retrouve trois semaines dans le top 4 pour qu'ils se croient un grand club - comme le Sporting de Charleroi! Justement, mon "choix" du neuneu de la semaine, tient aussi des dégâts que Enzo Scifo à causé chez les "Zèbres", tant sportivement que financièrement, à vouloir être à la fois investisseur et... entraîneur ; rôle dans lequel il s'est aussi cassé les dents avec le club de Tubize, pensionnaire de division 2.
Pour Mouscron, je m'explique : quand je dis "se croient un grand club", c'est qu'après un début de saison où l'on a encensé l'entraîneur, Marc Brijs, il a suffit de quelques matchs sans points, ce qui est aussi une réalité pour un club de la stature sportive, mais aussi financière, qu'est celle de l'Excelsior... Il a suffit que l'attaquant principal se blesse, bardaf et c'est l'embardée... et l'entraîneur à la rue. Pas sain.
C'est surtout dommage, et c'est bien là le point central de ma réflexion, pour ce public "bon-enfant", populaire, qu'est celui de Mouscron : un public ardent et amical, avec sa fanfare et tout un folklore très local. Comme pour Charleroi, ce qui fait - ou a fait - le club, c'est son public, populaire je le répète, pas un public de business-seats ; de personnes qui aiment leur région aussi via leur club fétiche... Petite pensée aussi pour l'adjoint, Gil Vandebroeck, vrai clubman, et qui est à Mouscron ce que Barichello était à Ferrari, en F1 : un gentil faire valoir. Je lui souhaite bien du courage avec Scifo... Pensez un peu au mépris que ce dernier a porté à un autre "clubman", de Charleroi, je veux dire Dante Brogno... Aussi, scifo était-il un joueur qui se permettait de critiquer les choix de l'entraîneur, quand il jouait en équipe nationale (Leekens) - un joueur obéit, et ferme sa gueule. Équipe nationale belge, soit dit en passant, dont moi je l'aurais exclu, dés sa première sélection : ce nigaud (c'est le mot!) ne trouvait rien de plus intelligent à dire à l'époque que pour lui, le rêve, c'était de jouer pour la Squadra Azurra italienne. Heureusement qu'il avait des pieds, imaginez s'il était né cul-de-jatte! Il l'était, mais dans la partie émergente du corps... et on ne peut amputer quelqu'un d'un membre qu'il n'a pas.
Je déteste Scifo? hummmm... 2008/1/10 A few words from M. von H. : WaterlooBon vous connaissez tous ce vers de Hugo (1802-1885) : "Waterloo! Waterloo! Morne plaine".
"Waterloo! Waterloo! Ô mornes ploucs"
Les vers suivant de Hugo, restent eux de mise, extraits bien sûr de "Châtiments" :
"Waterloo, ce plateau funèbre et solitaire,
Ce champ sinistre où Dieu mêla tant de néants, Tremble encor d'avoir vu la fuite des géants!" Waterloo, royaume des "gagne-petit" - une ville de pognon quoi!
Et y avoir bossé 3 mois complets, mais à mi-temps (sic) me fait préférer les "mornes pleins" de Charleroi ; là-dessus, quelques fraises... 2008/1/9 Thema "Loup des steppes" - Bilan (bonus?)Pourquoi cette "thema", de quasi 15 jours? D'une part, parce que cela reste une oeuvre moderne, contemporaine et majeure du répertoire ; ensuite, j''ai aimé m'y replonger, et redescendre dans cette matière dont j'ai fait un spectacle de théâtre, fin 2001 "Tout le monde n'entre pas, seulement pour les fous", joué à l'Eden de Charleroi, par la troupe du "No Man's Land Théâtre", compagnie semi professionnelle...
Moins expérimenté à l'époque, j'en reste malgré tout très satisfait. Je m'explique : d'autres mises en scène professionnelles en ont été données ces dernières années, en Allemagne (et une bientôt... j'en reparle plus loin) et de ce que j'ai pu en voir (photos, extraits vidéos) la part faite à la technique (vidéo, trucages, etc...) me semble excessive. Là où je reste content donc, c'est dans la dimension humaine du jeu, et la grande part laissée au texte - les mots se suffisant plus qu'on ne veut bien le croire en théâtre ; dans une adaptation que nous avons produite de ce roman. Il me semblait important de conserver et rendre, surtout, la dimension narrative et ses multiples, le récit étant repris à son compte par plusieurs narrateurs.
Ce que l'on sait un peu moins, de cette oeuvre - le Loup des steppes, c'est qu'il en existe une suite, datant de 1928, parue dans Die Neue Rundshau, à Berlin. Suite qui "analyse" le succès du roman, bien sûr, mais qui repositionne ce que j'appellerais "la part du Loup", un peu malmenée dans le récit de 1927. Ce texte "Vom Steppenwolf", traduit en français sous le titre "A propos du Loup des steppes"*.
Hesse, dont l'humour ne fait plus aucun doute, place donc Harry Haller, ou plus exactement le Loup des steppes, dans une ménagerie, où il est exposé au public, qui, naturellement - succès du roman faisant loi, désire être confronté à, pour reprendre Hesse, ce "phénomène suspect" du loup des steppes. Finalement une forme très théâtrale, qui vient compléter et souligner le rapport à la narration, au récit, comme une forme de mise en abîme du propos. Inutile de dire - ou bien si! - que la bourgeoisie nationaliste (industriels, marchands...) , en prend pour son grade, mais pas seulement car nous aussi : qui dit représentation dit aussi voyeurisme, et il s'agit ici bien de cela. Je vous livre un court extrait :
"Certains considéraient qu'une bête comme le Loup des steppes était de toute manière un phénomène suspect, dangereux et malsain, car cet animal exerçait son ironie au dépens des bourgeois, il arrachait des murs du temple de la culture les images chevaleresques, il allait même jusqu'à se moquer de Johann Wolfgang von Goethe et, comme rien n'était sacré pour cette bête des steppes, et que son influence sur une partie de la jeunesse se répandait telle une maladie contagieuse et agissait ainsi qu'une provocation, le moment paraissait enfin venu d'unir ses forces et d'abattre la loup des steppes. Tant qu'il n'aurait pas reçu le coup de grâce et n'aurait pas été enfoui sous la terre, il ne nous laisserait aucun repos".
Autre extrait (oserais-je dire "ménager"?), l'exposition (l'artiste, une bête de foire, héhé?!?) ; notez aussi la place accordée au public, et la réflexion de l'auteur sur ce dernier!!!
"Le jour où la ménagerie inaugura son nouveau programme, beaucoup de curieux vinrent voir l'animal tant décrié dont la cage ne pouvait leur être montrée que moyennant une taxe supplémentaire. Le patron (Pablo? ndlr) avait, pour l'occasion, aménagé tant bien que mal une petite cage où avait logé autrefois une panthère. (...) Afin de tenir compte autant que possible de ces circonstances inhabituelles et de l'attente du public, le malin directeur de la ménagerie (qui savait depuis des années que même les bêtes les plus sauvages ne sont pas aussi capricieuses, aussi dangereuses et aussi imprévisibles que le public) avait équipé la cage d'une façon quelque peu étrange, en y plaçant certains emblèmes de l'homme-loup. C'était une cage comme les autres , avec une grille de fer et un peu de paille répandue sur le sol, mais, à l'un des côtés de la grille était accroché un élégant miroir Empire et, au milieu de la cage, on avait disposé un petit piano, un "pianino" dont le clavier était ouvert et sur ce meuble légèrement vacillant se trouvait un buste en plâtre de Goethe, prince des poètes".
Le spectacle peut commencer... représentation quand tu nous tiens. Comme toujours chez Hesse, cette qualité "d'haleine" dans laquelle il nous garde, et cette minutieuse et ironique construction du récit, non naturaliste.
Je ne terminerai pas sans souligner la lutte de l'intellectuel que mène Hermann Hesse, contre le nationalisme et le fascisme, plus que jamais témoin - ironique et quelque peu désabusé, aussi à travers cette oeuvre (et l'oeuvre en général, sur l'idée de la liberté de l'individu!) ; mais aussi, dans ce texte de 1928, et avec lequel j'ouvrais la représentation, avant même que le public ne soit introduit dans la salle (qui démarrait par une séance de dressage!) et son théâtre magique. : ce texte est : "Une soirée chez le Docteur Faust" (Ein Abend bei Doktor Faust (1928)", qui évoque, à travers une "radio à écouter les bruits du futur", par l'apparition de sonorités démoniaques, et ensuite un complet silence, la voix de Hitler, l'apparition du nazisme et la civilisation dans laquelle il a pris corps...
Voila, et comme les articles se suivent dans le mauvais sens (du plus récent au plus ancien, ce qui ne simplifie pas la continuité de la lecture), je vous mets, dans l'ordre, avec les "titres" de chapitre, les liens directs vers les 9 "compte-rendus". Plus quelques notes, conclusions autobiographiques intermédiaires et rigolotes (si!)
1 : Introduction au récit, "Loup des steppes, je rôde, je rôde..."
2 : "Traité du Loup des steppes"
3 : "Du bourgeois, du bourgeoisisme et de l'humour du Loup des steppes"
4, 5, 6, 7 : "Le Manuscrit de Harry Haller"
Harry-Hermine / l'auberge de l'Aigle-Noir/ le dernier ordre : "Tu me tueras"
8 : Les Immortels, "Astral et glacé notre rire éternel" / "Maria"
9 (fin) : "Théâtre Magique - Seulement pour les fous"
Le Grand Bal Masqué / Le Théâtre Magique
Plus ce petit billet de conclusion! Ai bien bossé, je crois! J'espère que vous aurez autant de plaisir à lire cette Thema, elle en vaut la peine - ne fût-ce que pour le travail que cela a représenté - et, sans doute aussi un petit peu, pour sa dimension autobiographique tout en humour (finesse? pas sûr...). En tout les cas, j'ai bien réappris à rire de moi...
Dernière note avant les liens "Wikipedia" ; la prochaine mise en scène de "Der Steppenwolf", en Allemagne et, plus exactement au Theater Lübeck ; tiens tiens : Lübeck, ville natale de.... Thomas Mann** (Hesse, c'est Calw)... Ca sent le pèlerinage, tellement je les aime les Mann (je travaille toujours à "Condamné à vivre", d'après les oeuvres, écrits et journaux de Klaus Mann - pour mars, c'est bouclé? Fin mars, yes it will!. Mon futur projet de jeu/mise en scène, ndlr).
* Réf : Hermann Hesse, Souvenirs d'un européen - recueil de nouvelles, collection Le Livre de Poche - Biblio 3189 ; 8€ environ.
** Dont j'ai "raté" en septembre/octobre, au même théâtre : Les Buddenbrook (roman de Thomas Mann, splendide, qui relate l'ascension d'une famille, à l'image de la famille Mann, qui réussit dans le commerce jusqu'au jour où, dans cette famille bien bourgeoise, "naît" un artiste... et c'est la chute (bien fait, na!).
DER STEPPENWOLF (Théâtre)
C'est en mai 2008 : http://www.theaterluebeck.de/index.php?seid=4&St_ID=19
Theater Lübeck gGmbH • Beckergrube 16 • 23552 Lübeck • Theaterkasse 0451 - 399 600
Hermann Hesse Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hermann_Hesse
Loup des steppes Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Loup_des_steppes
Fondation et Museo Hermann Hesse (Montagnola, Suisse) : http://www.hessemontagnola.ch/
Euh!? je vous ai dit mon amour pour Hesse, Hermann bien sûr! Prochaine Thema? Pas tout tout de suite, mais peut-être bien Thomas Mann, et le "Docteur Faustus"... faudra bien 25 épisodes, aïe... ou "Professeur Unrat" (L'Ange Bleu) - considéré comme premier roman expressionniste, et les aventures de Lola Frölich, de Heinrich Mann ; tellement plus intéressant et fort que le film du même nom - l'ange bleu, qui, s'il est de facture correcte, ne respecte pas le récit de Heinrich Mann, cynique, et donc drôle, à pisser ses larmes... raté dans le film, dommage!!! 2008/1/8 Thema "Loup des steppes" (fin - 9/9) - Hermann HesseEh bien, nous voici arrivé pour ainsi dire au bout du périple, quasi introspectif, de notre Harry Haller, dit le Loup des steppes. Nous le laissions donc quittant Maria, et se préparant pour le grand Bal Masqué de l'hôtel du Globe, où il doit être le cavalier de Hermine...
Dans ce dernier billet de cette thema, il sera question, un peu, de Bal Masqué, de Pablo, saxophoniste et "maître de magie" et surtout de Théâtre Magique, où l'entrée coûte la raison... Lieu où l'on démultiplie l'Harry comme les pains dans la bible, mais aussi les portes aux enseignes les plus folles, ouvertures sur les délices de la perception... Merci le "champagne"... et les cigarettes jaunes au goût inconnu, dont la fumée était épaisse comme l'encens... sans oublier l'élixir... l'exagère, franchement, non, l'ami Harry?
" (...) Je regardais à droite et à gauche, essayant de découvrir Hermine et Maria ; je fouillais partout, je m'efforçais en vain de pénétrer dans la salle principale, mais chaque fois je m'égarais ou devais lutter contre le courant de la foule (...) et je me dis que ces fêtes tapageuses n'étaient pas faites pour un vieux bonhomme comme moi, me laissais bousculer et renvoyais silencieusement les filles qui manifestaient l'envie de s'asseoir sur mes genoux ou de danser avec moi. "Vieux loup-garou!" s'écria l'une d'elle, et elle avait raison. (...) Peu à peu, je sentais le loup des steppes se dresser derrière moi et tirer la langue. Décidément, ça ne me valait rien, je n'étais pas chez moi ici. J'étais venu avec les meilleures intentions du monde, mais je ne pouvais me forcer à être gai, et toute cette joie bruyante alentour, ces rires et ce hourvari me semblaient affectés et stupides.
Ainsi, à une heure du matin, déçu et furieux, je jouai des coudes pour arriver au vestiaire, remettre mon pardessus et partir. C'était une défaite, une rechute du Loup des steppes qu'Hermine ne me pardonnerait pas. Mais je ne pouvais faire autrement. (...) Et voici que déjà l'employé du vestiaire tendait la main pour prendre mon numéro ; je me fouillai : le numéro était introuvable. Tout était contre moi.
"Perdu ton numéro?" demanda d'une voix perçante un petit diablotin rouge et jaune à côté de moi. "Tiens, camarade, je te donne le mien". Et, tandis que je l'acceptais automatiquement et que je le retournai entre les doigts, le petit bonhomme avait déjà disparu.
Mais, lorsque je portai la plaque à mes yeux pour y lire le numéro, j'y vis au lieu d'un chiffre quelques lignes tracées d'une écriture fine. Je priai l'employé d'attendre et j'allai sous le lustre pour déchiffrer le griffonnage. En petites lettres papillonnantes, difficiles à lire, la plaque portait :
Cette nuit à partir de quatre heures Théâtre Magique
- seulement pour les fous -
L'entrée coûte la raison.
Pas pour tout le monde. Hermine est en enfer.
Comme une marionnette dont le metteur en scène, un instant, a perdu les fils, se ranime après un bref effondrement et une dégringolade, reprend sa place parmi les acteurs, danse et joue, je me lançai attaché au fil magique, dans le brouhaha que je venais de fuir. Je l'avais abandonné, vieux, las et dégrisé, j'y retournai jeune, ardent et souple. Jamais un pécheur n'eût tant de hâte de retourner en enfer. (...) Une danseuse espagnole se jeta dans mes bras : "Danse avec moi! - Impossible, dis-je, on m'attend en enfer. Mais je veux bien te prendre un baiser".
Les lèvres rouges sous le loup de dentelle se tendirent vers moi, et, dans le baiser, je reconnus Maria. Je l'enlaçai étroitement, sa bouche savoureuse s'épanouissait comme une rose mure. Voici que nous dansions déjà, bouche à bouche, que nous dansions devant Pablo, amoureusement suspendu à son saxophone aux hurlements tendres ; son beau regard animal nous étreignait, radieux et à moitié absent. A peine avions-nous fait vingt pas que la musique cessa ; à contrecoeur, je me détachai de Maria.
"J'aurais bien voulu danser encore une fois encore avec toi, dis-je, grisé par la chaleur ; faisons quelques pas ensemble, Maria, je suis épris de ton beau bras, laisse-le-moi encore un instant. Mais, vois-tu, Hermine m'a appelé. Elle est en enfer.
- C'est ce que je pensais. Adieu, Harry. Je t'aimerai toujours".
Le parfum épanoui et mûr de la rose sentait l'adieu, l'automne, le destin.
Je courus plus loin, à travers les longs corridors ; je descendais les escaliers vers l'enfer. Là-bas, des lampes cruelles et tranchantes flamboyaient furieusement sur les murs noirs goudronnés, et l'orchestre endiablé jouait avec fièvre. Au bar, perché sur un tabouret, un bel adolescent sans masque, en frac, m'inspecta d'un bref regard moqueur. Serré contre le mur par le flot des danseurs, je regardais toutes les femmes, avide et angoissé ; la plupart étaient encore masquées, certaines me souriaient, mais aucune n'était Hermine. Le bel adolescent me contemplait, railleur, du haut de son tabouret.
Je passai au bar, coincé dans le fond du couloir étroit. Je me plaçai à côté du siège de l'adolescent et je commandai un verre de whisky. En buvant, je regardai le profil du jeune homme, il me paraissait charmant et familier comme une image d'un temps très lointain, comme un bijou précieux à travers le doux voile cendré du passé. Oh! voici que je me rappelais : c'était Hermann, mon ami de jeunesse.
"Hermann!" dis-je en hésitant.
Il sourit. "Harry? M'as-tu trouvée?".
C'était Hermine, coiffée à la garçonne et légèrement maquillée ; étrange et pâle, son visage spirituel émergeait du col blanc, ses mains paraissaient singulièrement petites au sortir des vastes manches du frac, ses pieds semblaient d'une mièvrerie bizarre dans les chaussettes noir et blanc sous le long pantalon noir.
"C'est dans ce costume, Hermine, que tu veux me rendre amoureux de toi?
- Jusqu'ici, fit-elle, je n'ai rendu amoureuses que quelques femmes. Mais, à présent, c'est ton tour. Buvons d'abord un verre de champagne".
Et, sans qu'Hermine parût se donner la moindre peine, j'en devins bientôt amoureux. Comme elle portait un vêtement d'homme, je ne pouvais danser avec elle, je ne pouvais me permettre aucune tentative, aucune caresse et, sans même l'avoir effleurée, je me soumettais à son charme, et ce charme restait celui de son rôle, restait hermaphrodite, car elle s'entretenant avec moi d'Hermann et de l'enfance, de la mienne et de la sienne. Elle jouait le jeune homme à la perfection, fumait des cigarettes, causait avec grâce et esprit, parfois avec une légère causticité, mais tout était pénétré par Eros, tout se transformait, s'acheminait vers mes sens, en une exquise séduction. Comme j'avais cru bien la connaître Hermine, et comme cette nuit-là, elle se révélait complètement neuve! Avec quelle douceur, sans que je m'en aperçusse, elle resserrait autour de moi les mailles du filet convoité, avec quelle fascination de sirène elle me distillait l'exquis poison!.
(...) Cette nuit, au bal, il me fût donné d'éprouver une sensation que j'avais ignorée pendant cinquante ans, bien que tout étudiant, toute midinette la connussent : la sensation de fête, la griserie de la fraternité en liesse, la fusion mystérieuse de l'individu avec la foule, l'union mystique de la joie. (...) J'avais admiré, aimé, raillé ce rayonnement et ce sourire du bienheureux ravi à lui-même sur le visage de mon ami Pablo, suspendu, dans l'ivresse de la musique, à son cher saxophone, ou contemplant, extatique, le chef d'orchestre, le tambour, l'homme au banjo.
(...) Mais aujourd'hui, en cette nuit bénie, moi, le Loup des steppes Harry, j'irradiais ce sourire, je nageais moi-même dans ce bonheur profond, féerique, enfantin, je respirais ce rêve grisant de fusion, de musique, de rythme, de vin et de volupté. Je n'étais plus moi, ma personnalité s'était dissoute dans la fête comme le sel dans l'eau.
(...) Et, lorsque Pablo me vit rayonner ainsi, moi qu'il avait toujours vu comme un pauvre diable bien à plaindre, ses yeux brillèrent d'un feu extatique, il grimpa avec enthousiasme sur sa chaise et s'attaqua violemment à son instrument, heureux au rythme du Yearning. "Ah! pensais-je, qu'importe maintenant ce qui m'arriveras, puisque moi aussi, fût-ce une fois, j'ai été heureux, rayonnant, délivré de moi-même, un enfant, un frère de Pablo".
(...) Et, soudain, lorsque je me penchai en dansant pour chercher ses lèvres, sa bouche sourit, railleuse et familière, et je reconnus avec bonheur le menton ferme, les épaules, les coudes, les mains. C'était Hermine, et non plus Hermann, rhabillée, recoiffée, fraîche, légèrement poudrée et parfumée. Nos lèvres se rencontrèrent ardemment ; un instant, tout son corps, jusqu'aux genoux, se serra contre moi, avec abandon et désir, puis elle détacha sa bouche et dansa en s'écartant, tout à coup réservée. Cette dernière danse dura longtemps. Puis - nous étions encore enlacés, respirant avec peine après la dernière danse dévorante - le dessus du piano s'abaissa avec un claquement sourd, nos bras tombèrent, las comme ceux des musiciens, des portes s'entrouvrirent, l'air froid envahi la salle, et le serveur du bar coupa l'électricité. Frissonnant comme des fantômes blêmes, les derniers danseurs, qui venaient encore de brûler d'une telle flamme, s'enveloppaient dans leurs manteaux, relevaient leurs cols, fuyaient. Hermine demeurait pâle, mais souriante. Lentement, elle leva les bras et lissa ses cheveux ; son aisselle brilla à la lumière, une ombre fine, infiniment douce, partait de là vers la gorge cachée, et cette petite ligne ombrée et fuyante me paraissait concentrer, comme un sourire, tout son charme, tous les jeux et les possibilités de son corps. Nous restions debout à nous regarder, les derniers dans la salle, les derniers dans la maison.
(...) Quelque part, sur des hauteurs et dans des lointains indéfinissables, j'entendis résonner un rire, indiciblement clair et joyeux et cependant étranger et effrayant, un rire de cristal et de glace, lumineux et splendide, mais impitoyable et froid. Où donc avais-je entendu ce rire étrange? Je ne pouvais me le rappeler.
(...) Sous le regard d'Hermine, d'où mon âme à moi semblait me contempler, toute réalité s'effondra, même celle de mon désir charnel. Ensorcelés, nous nous regardions, ma pauvre petite âme me regardait.
"Tu es prêt?" demanda Hermine, et son sourire s'évanouit comme s'était évanouie l'ombre au-dessus de sa gorge. Haut et loin, ce rire singulier se perdit dans les espaces inconnus.
Je fis un signe affirmatif. Oh! oui, j'étais prêt.
Sur le seuil apparut Pablo, le musicien, en nous lançant un regard éclatant de ses yeux joyeux, qui étaient, au fond, des yeux d'animal ; mais les yeux des animaux sont toujours graves, et les siens, au contraire, riaient sans cesse, et ce rire en faisait des yeux humains. Il nous fît signe avec toute son amicale cordialité (...) Nous le suivîmes ; devant la porte, il me dit tout bas : "Frère Harry, je vous invite à une petite représentation. Seuls les fous sont admis, l'entrée coûte la raison. Êtes-vous prêt?". De nouveau je fis un signe affirmatif.
Brave garçon! Doucement et tendrement, il nous prit par le bras, Hermine à droite, moi à gauche, et nous conduisit, le long d'un escalier, dans une petite pièce ronde, illuminée par en haut d'une lumière bleuâtre, une atmosphère raréfiée, et meublée seulement d'une petite table ronde et de trois fauteuils dans lesquels nous nous installâmes. (...) Pourquoi Hermine était-elle si pâle? Pourquoi Pablo parlait-il tant? N'était-ce pas moi, peut-être, qui le faisais parler, qui parlais en lui? Du fond de ses yeux noirs, n'était-ce pas mon âme à moi qui me regardait, oiseau sauvage égaré, comme du fond des yeux gris d'Hermine?
-Distribution" cigarettes jaunes" et "élixir", ndlr -
(...) "Ce m'est un plaisir, mon cher Harry, de pouvoir aujourd'hui vous donner l'hospitalité. Souvent, vous avez été las de votre vie, vous cherchiez à en sortir, n'est-ce pas?. Vous désirez quitter ce temps, ce monde, ce réel, pour pénétrer dans une autre réalité plus conforme à vous-même, dans un monde en dehors du temps. Faites-le, cher ami, je vous y invite. Vous savez ce que vous cherchez, c'est l'univers de votre âme à vous. Ce n'est qu'en votre for intérieur que réside ce que vous souhaitez. Je ne puis rien vous donner qui n'existe en vous-même, ni vous ouvrir une autre galerie d'images que celle de votre âme. Je ne puis que vous offrir l'occasion, l'impulsion, la clef. Je vous aide à visualiser votre propre monde, c'est tout".
Il tira de son veston bariolé un petit miroir de poche.
"Voyez : c'est ainsi que jusqu'à présent vous vous êtes vu vous-même".
Il porta le miroir à mes yeux, et je vis, confuse et nébuleuse, une image sinistre, mue par sa propre force, grouillant et fermentant violemment en elle-même : moi, Harry Haller, et à l'intérieur de ce Harry, le Loup des steppes, beau loup farouche, mais égaré et craintif, les yeux allumés d'une lueur tantôt triste, tantôt cruelle, et cette figure fauve s'agitait d'un mouvement incessant, à travers Harry, comme dans un torrent coule et roule un affluent d'une autre couleur, luttant, souffrant, se dévorant l'un l'autre, plein du désir irréalisé de se mouler dans une forme définitive. Triste, infiniment triste, le loup ondoyant, à moitié formé, me regardait de ses beaux yeux farouches.
"C'est ainsi que vous vous êtes vu vous-même", répéta doucement Pablo, en remettant le miroir dans sa poche. Plein de gratitude, je fermai les yeux et avalai une gorgée de l'élixir.
"Maintenant, nous sommes reposés, dit Pablo, nous avons repris des forces et bavardé un peu. Si vous ne vous sentez plus las, je vais vous emmener dans ma boîte magique et vous montrer mon petit théâtre. Voulez-Vous?".
Nous nous levâmes, Pablo nous précéda en souriant, ouvrit une porte, tira un rideau, et nous nous trouvâmes dans le couloir central d'un théâtre en hémicycle, autour duquel un nombre inouï de portes étroites conduisaient aux loges.
" Voila notre théâtre, expliqua Pablo, il est amusant, j'espère que vous rirez bien". Là-dessus, il éclata de rire, quelques notes seulement, mais qui me transpercèrent comme des flèches aiguës ; c'était le rire lointain, et singulier que j'avais entendu déjà.
"Mon petit théâtre a autant de loges que vous le désirez, dix, cent, mille, et derrière chaque porte vous attend ce que vous cherchez. C'est une belle galerie de peintures , cher ami, mais ça ne servirait à rien de la parcourir dans l'état où vous êtes. Vous avez sans doute deviné depuis longtemps que la délivrance du temps, l'affranchissement de la réalité, et tous les autres noms que vous pouvez donner à votre nostalgie ne signifient en somme que le désir de dépouiller votre soi-disant personnalité. Elle est la prison où vous demeurez. Et, si vous entriez au théâtre tel que vous êtes, vous verriez tout avec les yeux d'Harry, à travers les vieilles lunettes du Loup des steppes. Par conséquent, vous êtes invité à vous défaire de ses lunettes et à bien vouloir déposer votre personnalité au vestiaire. La jolie petite soirée dansante que vous avez derrière vous, le Traité du Loup des steppes, et finalement le léger stimulant que nous venons de prendre, vous ont, je l'espère, préparé suffisamment.
Le but de cette organisation est de vous enseigner à rire. Vous n'avez pas peur? Très bien, entrez maintenant, sans crainte et de bon coeur, dans le monde des fictions, et je vous y introduirai, comme c'est l'usage, par un petit suicide fictif".
Il tira le petit miroir de sa poche et le porta à mes yeux. Je vis encore le Harry nébuleux, enchevêtré, traversé par le loup en lutte - image familière mais antipathique, dont le destruction m'importait fort peu.
"Vous-même, cher ami, effacerez vous maintenant ce reflet de miroir dont vous pouvez présentement vous passer : plus n'en est besoin ici. Il suffit, si votre humeur vous le permet, de contempler cette image avec un rire sincère. Vous êtes à l'école de l'humour, vous devez apprendre à rire. Eh bien, tout humour un peu élevé commence par cesser de prendre au sérieux sa propre personne".
Je regardai fermement le miroir. Un instant, tout au fond de moi-même, je sentis un frémissement, bref mais douloureux, comme un souvenir, une nostalgie, un remords. Puis l'oppression légère fit place à une sensation nouvelle, sensation de soulagement, d'apaisement profond, et en même temps d'étonnement, de n'avoir pas plus souffert. A cette sensation se joignit une fraîche hilarité à laquelle je ne résistai pas, et j'éclatai d'un rire de délivrance.
Le morne reflet dans le miroir frémit et s'effaça. En riant, Pablo rejeta le miroir, qui se perdit en roulant sur le sol du couloir sans fin.
"Bien ri, s'écria Pablo, tu apprendras encore à rire comme les immortels. Enfin, tu as assassiné le Loup des steppes. Ce n'est pas avec un rasoir qu'on peut faire ça. Il faut maintenant qu'il reste mort. Tout de suite tu vas pouvoir quitter la réalité stupide (...) Espérons que, pour aujourd'hui, tu es délivré de ton Loup des steppes. Car, bien entendu, un suicide n'est pas définitif ; nous sommes ici dans un théâtre magique, tout y est images, il n'y a pas de réalités. Trouves-en de belles et de joyeuses et montre que tu n'es plus amoureux de ta personnalité problématique (...) mais tu connais le bon vieux proverbe allemand : mieux vaut un miroir en poche que deux sur le mur. Haha! - là il ne reste plus maintenant qu'a passer par une drôle de petite cérémonie. Tu as rejeté toute ta personnalité, à présent viens et regarde-toi dans un vrai miroir. Cela t'amusera".
Je vis, l'espace d'un très court instant, le Harry familier, mais avec, cette fois, un visage extraordinairement gai, rieur, illuminé. Mais à peine l'avais-je reconnu qu'il se dissipa, tandis que s'en détachait une deuxième figure, une troisième, une dixième, une vingtième, et bientôt toute la glace gigantesque grouilla de demi-Harrys, de fractions de Harry, d'innombrables Harrys dont j'apercevais et reconnaissais chacun avec une rapidité d'éclair (...) , s'éparpillaient de tous côtés, à droite, à gauche, en dehors du miroir. L'un d'eux, jeune homme élégant, se jeta en riant dans les bras de Pablo et 'enfuit avec lui. Un autre qui me plaisait particulièrement, un charmant éphèbe de seize ou dix-sept ans, s'élança comme un éclair dans le corridor, lut avidement les enseignes sur toutes les portes ; je le suivis en courant, il s'arrêta devant une l'une sur laquelle je lus les mots :
Toutes les femmes sont à toi!
Jette un franc dans la fente.
Le cher enfant fit un bond, et, la tête la première, se rua lui-même dans la fente et disparut.
Pablo, lui aussi, s'était évaporé, ainsi que le miroir avec ses innombrables Harry. Je sentis que désormais j'étais livré au théâtre et à moi-même, et j'allai curieusement de porte en porte, lisant sur chacune une enseigne, une tentation, une promesse.
L'enseigne
Tous à la curée joyeuse!
Partie de chasse en automobile
Me tenta, j'ouvris la porte et j'entrai. (...) (longue scène ndlr)
(...) De nouveau, je me retrouvai dans le couloir en demi-cercle, excité par les aventures de ma partie de chasse. Partout, sur d'innombrables portes, des enseignes me tentaient :
Mutabor
Transformation magique en plantes et en bêtes
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Kama Soutra
Enseignement de l'art d'aimer indien
Cours pour les débutants : 42 méthodes différentes
de faire l'amour
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Suicide joyeux
Tu vas crever de rire
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Désirez-vous vous spiritualiser?
Sagesse orientale
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Oh! Si j'avais mille langues!
Seulement pour les messieurs
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Le crépuscule de l'Occident
Prix modérés. Spectacle unique
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L'essence de l'art
La transformation du temps en espace
par la musique
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Le rire qui pleure
Cabinet d'humour
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On s'amuse tout seul
Ersatz intégral pour toute liaison
La liste des enseignes était interminable. L'une d'elle portait :
Guide pour la reconstruction de la personnalité
Succès garanti
Cela me parut digne d'attention et j'entrai".
Voila, long extrait... ah! cet art admirable aussi, chez Hesse, de "délayer l'instant", de nous maintenir toujours en haleine, de rebondir encore et toujours sur et dans les éléments de la narration... On se doute aussi qu'Hermann Hesse s'intéresse - et suit - une psychanalyse.Certes, je suis aussi, moi, Patrick, malgré tout, pour le Loup... Et, en 2001, quand j'ai monté ce texte, au théâtre, j'étais aussi en pleine reconstruction de la personnalité : premier échec de première à l'Insas... Ca a donné ce spectacle.... et je suis retourné à l'Insas. Si je sais rire de moi? Oui, parfois, et à l'Insas toujours, d'année en année... et il reste là aussi un nombre quasi incalculable de portes à franchir sauf celle du BEP, of course - this door means "sortie"...
Oh! une porte!!!! (j'entre, hop, coucou me revoilou-des-steppes)
INSAS
Théâtre Magique
- Seulement pour les fous -
La réussite à travers l'échec
L'entrée coûte les joies du corps
Pour les ornithorynques et les loups.
Héhéhé... miroir mon beau miroir, dis moi qui de nous deux est le plus... drôle, "wouarf wouarf", fait le loup....rnithorynque en riant.
* "The chamber of 32 doors" ; morceau spendide de l'album de Genesis "The Lamb Lies down on Broadway" 2008/1/7 Born to Be Wild - Steppenwolf / Easy RiderEn attendant la suite, et pour ne pas dire la fin, de notre Thema "Loup des steppes" de Hermann Hesse, je vous livre une petite vidéo du groupe Steppenwolf, qui doit son nom au roman de Hesse, dans lequel la jeunesse intélectuelle et artistique de l'époque s'est reconnue (pas les ploucs!) ; oeuvre écrite qui a été redécouverte à l'aube des 70's, dans l'après mai 68 en Europe. La plage proposée est "Born to be Wild", morceau titre et bande son du cultissime - ici aussi - "Easy Rider..."
Suis pas persuadé que Steppenwolf a tout bien compris, mais en tout cas c'est très pesonnel et pas faux non plus comme inteprétation. A cheval entre la fin des 60's et le début des 70's...
Allons vivons sauvagement... Harry en chopper Harley? Pas sûr que ça l'aurait fait rire, mais Hermine bien, ou alors dans son "Cinéma magique" (sic)... Après tout... wouarf... Vraoum...
Ceci dit, j'ajouterai tout de même que dans l'adaptation et mise en scène que j'en ai produit ("Tout le monde n'entre pas, seulement pour les fous" - en juin 2001, à l'Eden de Charleroi), la scène de la "Partie de chasse en automobile (dite tuerie en voiture)", se faisait à moto sur la musique de... Steppenwolf. La scène la plus drôle du spectacle..? Yes, it did. En tout cas on s'est bien éclaté et le public avec nous...
2008/1/5 Thema "Loup des steppes" (8/9) - Hermann Hesse Retour à nos steppes , après une petite journée de pose, et avant dernière "chronique", déjà. Aujourd'hui, Harry et les immortels, Harry et Maria aussi ; pas mélangés mais imbriqués ; les immortels pour l'en dehors du temps, et Maria pour le présent. Belle construction du récit. Maria, belle danseuse rencontrée par l'entremise d'Hermine. Notre Loup a évolué, et sommes presque à la fin de la "partie" Manuscrit de Harry Haller...J'ajouterai un "complément préalable" à l'extrait de ce soir, les trois premières lignes. Pourquoi? Simplement pour rappeler que nous sommes aussi dans l'Allemagne de 1927, troublée, en proie au nationalisme, au chômage etc... Et que cette oeuvre est aussi empreinte de cela, car Hesse (et ainsi Harry, Hermine) vit dans son temps, d'autant plus ajouterais-je quand il nous parle de Goethe, Mozart, de nostalgie. Bref, cette oeuvre est aussi une forme de résistance au nationalisme ambiant ; et comme bon nombre d'artistes (peintres, écrivains...) il porte sur cela un regard critique, engagé, et pour tout dire effrayé...
(...) Ah! Harry, nous devons passer par tant d'ordures et d'absurdités pour aller dans notre patrie! Et nous n'avons personne qui nous conduise, notre seul guide est la nostalgie".
Ces derniers mots, elle les avait murmurés tout bas, et la chambre était entrée dans un silence paisible ; le soleil se couchait et faisait miroiter les lettres d'or au dos des livres de ma bibliothèque. Je pris la tête d'Hermine dans mes mains, je la baisai au front et j'appuyai sa joue contre la mienne, fraternellement ; nous restâmes ainsi un long moment. J'aurais aimé demeurer ainsi et ne plus sortir ce soir. Mais, pour cette nuit, la dernière avant le grand bal, Maria s'était promise à moi.
En route pour mon rendez-vous, je ne pensais pas à Maria, mais seulement à ce que m'avait dit Hermine. Peut-être, me semblait-il, n'étaient-ce pas ses propres pensées, mais les miennes, que cette voyante avait lues et respirées et qu'elle me rendait moulées dans une autre forme, se dressant, nouvelles, devant moi. Ce dont je lui était le plus reconnaissant à cette heure, c'était d'avoir exprimé l'idée de l'éternité. J'en avais besoin, de cette idée ; sans elle, je ne pouvais ni mourir, ni vivre. L'au delà sacré, l'en dehors du temps, le monde de la valeur éternelle, de l'essence divine m'avaient été rendus aujourd'hui par mon amie et ma maîtresse de danse. Je songeais à mon rêve sur Goethe, à la figure du vieux sage qui avait eu un rire inhumain et m'avait poursuivi de son immortelle raillerie. Maintenant seulement, je comprenais le rire de Goethe, le rire des immortels. Il était sans objet, ce rire, il n'était que lumière, que clarté, il était ce qui reste quand un homme véritable a passé par les vices, les souffrances, les erreurs, les passions et les malentendus des humains et qu'il est parvenu à l'éternel. Et l'éternité elle-même n'était pas autre chose que la délivrance du temps, que, peut-être, son retour à l'innocence, sa refonte en espace.
J'attendais Maria au restaurant où nous avions l'habitude de dîner les soirs que nous passions ensemble. J'étais assis dans la paisible petite auberge de banlieue, pensant encore à notre conversation. Toutes ces pensées surgies entre Hermine et moi m'apparaissaient familières, profondément connues, puisées à la source même de mon imagerie, de ma mythologie, la plus mienne. Les immortels, tels qu'ils vivaient dans l'espace en dehors du temps, cristallisés en images, planant comme dans l'éther, dans l'éternité transparente, dans la gaieté glaciale, astrale, radieuse, de ce monde supraterrestre, où donc avais-je connu tout cela? Je réfléchis et je me rappelai des passages des Cassations de Mozart, du Clavecin bien tempéré de Bach, et partout, dans cette musique, je crus voir briller la froide clarté astrale, la luminosité éthérée. Oui, c'était cela, cette musique était quelque chose comme du temps figé en espace, et, au-dessus d'elle planait infiniment une gaieté surhumaine, un rire éternel et divin. Oh! oui, le vieux Goethe de mon rêve se plaçait bien là, lui aussi. Soudain, autour de moi, j'entendis ce rire insondable, j'écoutai rire les immortels. Ensorcelé, je demeurai là, je tirai mon crayon, cherchai du papier, trouvai la carte des vins, la retournai et griffonnai sur le côté blanc ces vers, que je retrouvai le lendemain dans ma poche. Les voici :
LES IMMORTELS
Encore et toujours, du fond des vallées terrestres,
Monte vers nous la fumée de la vie.
Misère farouche, abondance grisée,
Vapeurs sanglantes des orgies de bourreaux,
Agonie de luxure, désirs sans fin,
Mains d'assassins, mains d'usuriers, mains en prière,
Foule humaine flagellée par la peur et la volupté,
Puant la pourriture, suffocante et crue,
Respirant la félicité et la lubricité sauvage,
Se dévorant et se vomissant,
Accouchant de guerres et de beaux-arts,
Décorant d'illusions la maison en flamme,
Se tordant, se débauchant, se suicidant
A travers la foire de son monde enfantin
Qui pour chacun renaît des flots
Et pour chacun retombe en poussière.
Mais nous, nous nous retrouvâmes
Dans l'éther astral lumineux et glacé,
Ni hommes ni femmes, ni jeunes ni vieux,
Ne connaissant ni heures ni jours.
Vos péchés ainsi que vos angoisses,
Vos meurtres et vos misérables jouissances
Nous sont un spectacle comme les soleils tournoyant.
Chacun de nos jours est le plus long.
Calmes, souriant à votre vie pantelante,
Calmes, contemplant les astres qui se meuvent,
Nous respirons l'hiver de l'espace universel.
Nous sommes les amis du dragon céleste.
Immobile et froide est notre existence infinie,
Astral et glacé notre rire éternel.
Puis vint Maria, et, après un gai repas, j'allai avec elle dans notre chambrette. Ce soir-là, elle fut plus belle, plus ardente, plus fervente que jamais, et me fît goûter des jeux et des tendresses que je sentais être un suprême abandon.
"Maria, dis-je, tu es aujourd'hui prodigue comme une déesse. Ne nous tue pas tout à fait tout les deux, puisque, demain, c'est bal masqué. Qui auras-tu pour cavalier? J'ai bien peur, ma petite fleur chérie, que ce ne soit un prince de conte de fées et que tu ne te laisses enlever par lui pour ne plus jamais me revenir. Tu m'aimes aujourd'hui presque comme le font les bons amants qui se voient pour la dernière fois".
Elle appuya ses lèvres tout contre mon oreille et murmura :
" Ne le dis pas, Harry, chaque fois peut-être l dernière. Quand Hermine te prendra, tu ne reviendras plus chez moi. Peut-être te prendra-t-elle demain!".
Jamais je n'avais éprouvé plus intensément que cette nuit, à la veille du bal, la sensation caractéristique de ces jours, double émotion de douceur et d'amertume. Ce que je ressentais, c'était du bonheur : la beauté et l'abandon de Maria, la joie de goûter, de palper, de respirer mille sensualités fines et exquises, que j'avais appris à connaître si tard, en homme déjà vieillissant, le balancement sur une onde douce et berceuse de volupté. Et pourtant tout cela n'était que l'écorce : à l'intérieur, tout était signification, tension, destin, et, cependant que je m'occupais des adorables et touchantes babioles de l'amour, que je paraissais flotter dans un moelleux bonheur, je sentais en mon coeur mon destin se précipiter au galop, ventre à terre comme un cheval échappé, au-devant de l'abîme, au-devant de la chute, plein d'angoisse, de nostalgie, d'abandon à la mort. De même que, quelque temps auparavant, j'avais résisté, craintif et timide, à la douce légèreté de l'amour purement sensuel, de même que j'avais ressenti la peur de la beauté rieuse, prête à se donner, de Maria, j'éprouvais maintenant la peur de la mort - mais c'était une peur qui savait qu'elle deviendrait bientôt abandon et délivrance".
Tiens, c'est drôle... que nous sommes loin de nos bourgeois du début ; nous voila avec les immortels (inaccessibles aux premiers!)... Quand à ma part d'immortalité - posée sur l'horizon, je finirai bien, moi aussi, par la prendre ; et pour un bon bout de temps ... immobile et froide notre existence infinie... Pour le présent me reste à "reconquérir" Maria... Les femmes, au fond, c'est comme de l'horizon - mais à marée basse... (j'ai pas dit que ça sentait la moule... vilaine pensée que tu as là, lectrice, lecteur...). 2008/1/3 Thema "Loup des Steppes" (7/9) - Hermann HesseC'est pas que je sois Hermine-maniac, mais elle prend de la place dans "Le manuscrit de Harry Haller" ; donc nous retrouvons Harry confronté joyeusement à son double féminin (qui vit des hommes comme Hermann vit de ses lecteurs - ah! cette prostitution qu'être artiste...) à qui il a décidé d'obéir, promis d'obéir...
Extrait, avec des passages d'une grande évocation poétique, j'en frissonne...(...) " Tu dois tenir parole, mon petit, c'est moi qui te le dis, ou bien tu le regretteras. Tu recevras de moi bien des ordres et tu les exécuteras, des ordres charmants, des ordres agréables et tu seras heureux d'y obéir. Et, à la fin, tu accompliras mon dernier ordre, Harry.
- Je l'accomplirai, dis-je, à moitié sans le vouloir. Quel sera ton dernier ordre?". Je m'en doutais déjà. Dieu sait pourquoi.
Elle tressaillit comme sous un souffle froid et parut lentement s'éveiller de son absorption. Ses yeux ne me délivraient pas. Elle devint soudain encore plus sombre.
" Il serait plus intelligent de ma part de ne pas te le dire. Mais je ne veux pas être intelligente, Harry, pas cette fois-ci. Je veux tout autre chose. Attention, écoute-moi. Tu l'entendras, tu l'oublieras, tu en riras, tu en pleureras. Attention, mon petit. Je veux jouer avec toi la vie et la mort, frère, et je veux, avant même de commencer le jeu, te montrer mes cartes".
Qu'il était beau, son visage, qu'il était supraterrestre, quand elle le disait! Une tristesse omnisciente flottait, claire et froide, au fond de ses yeux, qui semblaient avoir souffert toutes les souffrances inimaginables et leur avoir dit oui. Les lèvres parlaient péniblement, entravées, comme on parle quand on a le visage raidi par un grand froid ; mais, entre les lèvres, aux commissures, sur la pointe fuyante de la langue qui ne se montrait que rarement, se jouait, par contraste avec avec la voix et le regard, une sensualité douce et exquise, un fervent désir de volupté. Un petit frison tombait sur le front calme et lisse, et, de ce coin de peau affluait, de temps en temps, comme un souffle vivant, cette onde de ressemblance virile, de magie hermaphrodite. Je l'écoutais, apeuré et pourtant comme assoupi, comme à demi absent.
"Je te plais, disait-elle, pour la raison que je t'ai donnée ; j'ai brisé ta solitude, je t'ai saisi tout juste sur le seuil de l'enfer et je t'ai réveillé. Mais je veux de toi plus que cela, beaucoup plus. Je veux te rendre amoureux de moi. Non, ne me contredis pas, laisse moi parler. Je te plais beaucoup, je le sens, et tu m'es reconnaissant, mais tu n'es pas épris. Je ferai en sorte que tu le sois, c'est mon métier ; c'est de cela que je vis - savoir rendre les hommes amoureux de moi. Pourtant, sache que, si j'agis ainsi, ce n'est pas que je te trouve si désirable. Je suis aussi peu amoureuse de toi, Harry, que tu l'es de moi. Mais j'ai besoin de toi comme tu as besoin de moi. Je te suis indispensable en ce moment, parce que tu es désespéré et qu'il te faut une secousse qui te jette à l'eau et te redonne la vie. Tu as besoin de moi pour apprendre à danser, à rire, à vivre. Moi, j'ai besoin de toi, pas aujourd'hui, plus tard, et c'est aussi pour quelque chose de très grave. Quand tu seras amoureux, je te donnerai mon dernier ordre, et tu m'obéiras, et ce sera bien pour toi et pour moi".
Elle souleva légèrement dans le vase une des orchidées brun-mauve, veinées de vert, pencha un instant son visage sur elle et regarda fixement la fleur.
" Ce ne sera pas facile, mais tu le feras. Tu exécuteras mon ordre et TU ME TUERAS. C'est cela. Ne m'en demande pas plus".
Les yeux encore fixés sur l'orchidée, elle retomba dans le silence, son visage se détendit, s'élança hors de la tension et de la gravité comme un bouton de rose qui éclot, et un sourire délicieux envahit ses lèvres, tandis que le regard restait encore un instant immobile et figé. (...)
J'avais distinctement entendu, mot pour mot, son discours sinistre, j'avais même deviné son "dernier ordre" avant qu'elle l'eût prononcé, et le "Tu me tueras" ne m'avait pas fait peur. Tout ce qu'elle me disait m'apparaissait persuasif et prédestiné, je l'acceptais sans résistance, et cependant, malgré la gravité lugubre avec laquelle elle parlait, cela ne me semblait pas entièrement réel et sérieux. Une partie de mon âme buvait ses paroles et y avait foi, une autre hochait la tête avec bienveillance et se disait que cette Hermine, si saine, si sûre, si intelligente possédait donc, elle aussi, ses fantaisies et ses vagues à l'âme crépusculaires. A peine avait-elle prononcé le dune bouchée de ma fourchette. Sois sans crainte, petit garçon modèle, je ne te compromettrai pas. Mais, si tu as besoin pour ton plaisir de la permission des autres, tu n'es vraiment qu'un pauvre type!".ernier mot qu'une brume d'irréalité et d'inefficacité voila toute cette scène.
Néanmoins, je n'étais pas capable de retourner d'un saut, avec la légèreté acrobatique d'Hermine, dans le réel et la vraisemblable.
"Je te tuerai donc un jour?". demandai-je, rêvassant doucement, tandis qu'elle riait déjà et découpait avec zèle son caneton.
"Naturellement, fit-elle à la légère, n'en parlons plus, il est temps de dîner. Harry, sois gentil et commande-moi encore de la salade verte! Tu n'as donc pas d'appétit? Je crois qu'il faut t'apprendre tout ce qui est naturel chez les autres, même le plaisir de bien manger. Tient, petit, ça c'est une cuisse de caneton, et, quand on détache de l'os la belle viande claire, on sent que c'est la fête et on à l'eau à la bouche ; on est plein d'une attente émue et reconnaissante comme lorsqu'on déshabille pour la première fois sa maîtresse. M'as-tu compris? Non? Que tu es bête! Attention, je vais te donner un petit bout de cette belle cuisse, tu vas voir. Là, ouvre la bouche... Oh! le monstre! Voilà-t-il pas qu'il louche du côté des autres pour s'assurer qu'on ne l'a pas vu accepter
Voila pour en finir - textuellement - avec Hermine... Avec Harry, pas. Ceci dit "Miroir, miroir, dis moi qui est le plus loup...", ils me font bien rire, ouais. Et que la femme nourrisse la bête de canard en mangeant de la salade verte, voyez l'image, c'est impayable - mais si!.
Demain, "les immortels" ; un peu Maria aussi.20 ans des classics de "21"Bon, on va pas être cynique et ironique tout le temps et se gâcher le plaisir passé à écouter cette émission de radio née sur "Radio 21" (twenty one pour les intimes) qui fête ses 20 ans d'existence, et qui continue à se mouvoir bon gré mal gré* sur "Classic21" (j'ai failli dire radio compil'... la radio qui ne vous rince plus vraiment l'oreille).
Bon anniversaire donc à l'émission Rock Classic de Marc Isaye et son équipe!
20 ans de bonheur pour les sens!
Emission que l'on peut définir comme culturelle et qui, d'un point de vue personnel, m'a conduit avec bonheur et un plaisir certain à la rencontre de nombreux groupes ou influences musicales liées au rock, de l'adolescence à l'âge adullte. Donc goûtons notre plaisir, car dans le panorama de la FM, cette émission reste inégalée sur la durée certes, mais possiblement sur sa qualité globale et surtout sa spécificité musicale, culturelle. Pour faire court : un vrai programme et travail de radio, et qui plus est de service public. Félicitations ; bonne et longue continuation (hop, on ze road again... mais pas en Harley - beurk!).
* Bon gré mal gré, car notre émission préférée du dimanche matin fait trop souvent (pour ne pas dire constamment) "l'événement" autour d'un CD, d'un "coffret réédition (remember la très passable émission spéciale Genesis...) - bref l'apologie d'un "produit commercial"... On veux découvrir des artistes et ce qu'il ont à nous dire, pas des produits commerciaux ; alors pour les 20 prochaines années : de la musique, pas de la maison de disque... A bon entendeur, salut!. 2008/1/2 Thema "Loup des Steppes" (6/9) - Hermann HesseBon nous revoila après une p'tite pause nouvel an [ben quoi moi aussi j'ai bien le droit de frayer à "l'Aigle Noir", question de pas complètement hurler seul à la lune - et la lune à des dents d'argent (Pessoa)]...
L'Aigle Noir et la rencontre avec Hermine. Et donc deux petits extraits, plus courts - c'est la reprise, sur la réflexion... comment dire? Oui, voila, c'est ça : extraits sur l'état dans lesquels ça le fout, l'animal..."Cependant, durant ces derniers jours, le rasoir ne m'était pas devenu plus cher, il n'avait rien perdu de son horreur. C'est bien cela qui était hideux : j'avais une peur profonde, suffocante, de l'entaille dans ma gorge, je craignais la mort avec une force aussi sauvage, tenace, farouche et cabrée, que si j'avais été l'homme le plus sain, et ma vie sur terre un paradis. Je reconnaissais mon état avec une impitoyable netteté et je comprenais que c'était cette insupportable tension entre l'impuissance de vivre et l'impuissance de mourir qui me rendait si importante l'inconnue, la jolie danseuse de l'Aigle-Noir. Elle était la petite lucarne, la fente minuscule dans mon antre noir de terreur. Elle était la délivrance, le vent du large. Elle devait m'apprendre à vivre ou m'apprendre à mourir ; elle devait, de sa belle main ferme, effleurer mon coeur glacé, afin qu'au contact de la vie il refleurît ou tombât en ruine.
Où puisait-elle cette force? D'où lui venait cette magie? De quels mystérieux abîmes était née son importance pour moi? Cela, je n'y pouvais songer, et d'ailleurs je ne m'en souciais pas : qu'importe? Je me moquais de toute science, de toute notion ; n'en n'étais-je pas gavé? Ma honte et mon supplice les plus aigus et les plus ironiques étaient justement de voir si nettement mon propre état, d'en être à ce point conscient.
Je voyais cet animal, cette espèce de loup des steppes, se débattre devant moi comme une mouche dans une toile d'araignée, englué et sans défense. Je voyais mon destin voguer vers son terme, je voyais l'araignée prête à le dévorer, je voyais aussi, proche de lui, une main providentielle. Sur les raisons et les origines de ma souffrance, de ma maladie d'âme, de mon ensorcellement et de ma névrose, j'aurais pu dire les choses les plus ingénieuses et les plus sensées, la mécanique m'en était limpide. Mais ce dont j'avais un tel besoin, une soif si désespérée, ce n'était pas savoir et comprendre, c'était vivre, agir, m'élancer, sauter".
(...)
"Quand je lui offris des orchidées elle fut contente et se mit à rire. "Ça c'est gentil, Harry! Tu voulais me faire un cadeau, n'est-ce pas? Et tu ne savais pas au juste ce que tu devais choisir et dans quelle mesure tu avais le droit de le faire ; tu redoutais de m'offenser, alors tu as acheté des orchidées, ce ne sont que des fleurs, mais ça coûte joliment cher. Merci bien, mon petit! Mais j'aime mieux te le dire tout de suite : je ne veux pas de cadeaux de toi. Ce sont les hommes qui me font vivre, mais je ne veux pas que ce soit toi. Mais comme tu es changé! On ne te reconnaîtrait pas. L'autre jour tu avais la mine d'un déterré, et, maintenant, on dirait presque un homme. A propos, as-tu exécuté mes ordres?
- Quels ordres?
- Si oublieux que ça? Je te demande si tu sais maintenant danser le fox? Tu m'as dit que tu ne souhaitais rien de mieux que de recevoir des ordres de moi, que ton plus grand plaisir serait de m'obéir. Te rappelles-tu?
- (...) maintenant je dois enfin connaître ton nom".
Elle me regarda un instant en silence.
" Peut-être pourrais-tu le deviner. Je le voudrais bien. Creuse-toi un peu et regarde-moi bien. N'as-tu pas encore remarqué que j'ai quelquefois un visage de garçon? En ce moment, par exemple?".
Oui, en la contemplant de près, je dus convenir qu'elle avait raison, c'était un visage d'adolescent. Et lorsque je réfléchis quelques instants, ce visage me rappela ma propre adolescence et mon ami de ce temps, qui se nommait Hermann. L'espace d'un instant, elle me parût transformée en cet Hermann.
- Qui sait, fit-elle en plaisantant, peut-être le suis-je et n'est-ce qu'un déguisement.
- T'appelles-tu Hermine?".
Elle fit oui, radieuse, heureuse que j'eusse deviné (...) ".
Voila, si cela ce n'est pas l'art de multiplier les éléments de narration ; de la ramener à son propre "lui", Hermann l'écrivain, face au monde ; de brouiller cartes et pistes du récit... Demain, nous en finiront, nous et Harry, avec Hermine ; d'une certaine manière puisque les désirs d'Hermine sont les ordres d'Harry...
Eh, au fait : moi aussi j'ai envie de vivre, agir, m'élancer, sauter : cataclop le lournithorynque, oui oui, cataclop... |
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