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11/30/2007 Les vendredi du neuneu... (2)Deuxième salve salutaire (pan dans le blog!) et le parfait modèle pour complèter le duo de dramaturges de la semaine passée...
Le neuneu de cette semaine est donc FRANCO DRAGONE, qui s'attaque à Shakespeare, Othello pour être précis... en adaptation... aïe
J'ai peur pour l'ami William, qui n'est certes plus à cela près. Certes Dragone est un grand professionnel mais... Par ailleurs, il souhaite le rendre "accessible" au public de Céline Dion! Shakespeare est COMPLETEMENT accessible à tous (ou tout au moins aux personnes de bonne volonté!), et ne nécessite aucune sauce particulière que son propre jus de cuisson. Soit, après l'épouvantable (mais si!) "Mac Beth" monté par la Cie Arsenic en sa "tour Vagabonde", ce sera difficile de faire "aussi pire"... A l'exception notable de Pätrick Lerch, qui tient l'édifice "dramaturgiquement vagabond", par sa présence en Mac Beth : quel phrasé, quel souffle, quelle fragilité névrosée.
"Tout geste artistique à une portée politique..." ; dans la bouche du dragonausore, ça me fait mal... Politique du show, du pognon. C'est vrai que "parader" dans les casinos de Las Vegas, c'est politique... zut, c'est vrai, là c'était pas de l'art, juste du "cashbox"...
Voila, à vendredi prochain.
PS : pour rester un tant soi peu objectif, voici un article interview de la Libre.be sur le Othello du faiseur de machins...
et le compte rendu : http://www.lalibre.be/article.phtml?id=5&subid=107&art_id=386691 11/23/2007 Les vendredi du neuneu...Nouvelle chronique hebdomadaire, courte, très courte tellement y en aura peu à ajouter, sur une ou l'autre "personnalité de pointe" de la culture, du spectacle, de l'art ou de la politique et que sais-je encore... Ce sera au - comment dire? - au prorata de leur activisme généraliste du moment.
Cette première fois, deux pour le prix d'un, côté "dramaturges", et des pires chez pas les moindres.
Comment dit-on Eric-Emmanuel Schmidt au féminin? Eh bien Yasmina Reza...
Ou le théâtre "du nul et non avenu". Indigeste, sans intérêt et sans humanité, juste du "nombril". Remballé c'est pesé... 11/19/2007 Concert pour le Bangladesh/UnicefLa vidéo reprise çi-dessus est celle du concert pour le Bangladesh, en 1971. "Live Aid"au profit des enfants bengladi, via l'Unicef et la fondation Georges Harrison (ex-beatles, décédé aujourd'hui) pour l'Unicef. Il y avait Dylan, Harrison, Clapton, Shankar etc... j'en passe et pas des moindres. Alors plutôt que des images people de catastrophe, plutôt un pêtit rappel de ce que des artistes ont pu faire et peuvent refaire, indépendamment d'autres actions urgentes. 11/3/2007 A few words from Stefan Zweig : Journaux - 14/04/1915Hop, on avance dans la semaine Zweig, et on "rembobine" le schmilblick - ou plus exactement un extraits de ces carnets, journaux. Présentement celui intitulé :
"JOURNAL DE L'ANNEE DE GUERRE 1914
A partir du jour de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie
30 juillet 1914 - 30 avril 1915.
Petite chronique viennoise du mercredi 14 avril 1915, et la réflexion sur la bourgeoisie et le peuple face au manque de pain. Comme quoi les symptômes ne changent pas, et ce sont toujours les mêmes qui trinquent. Mais pourquoi faut-il donc que le peuple attendent toujours d'avoir faim (pas juste un petit creux - s'ils ont faim eh bien qu'ils mangent dit la bourgeoisie!) pour se révolter, se défaire des pouvoirs castrateurs, affameurs. Je trouve Stez assez lucide sur la réalité selon les milieux.
Mercredi 14. J'ai oublié de noter : depuis trois jours, nous avons à Vienne des cartes de pain ; dans nos milieux, les gens protestent, par paresse et nonchalance. Dans le bas peuple, il y a paraît-il une forme de révolte. On parle de boulangeries prises d'assaut. Nous autres, en effet, qui mangeons de la viande et des légumes, cela ne nous prive pas, mais ceux qui se nourrissent de lard et de saucisse s'en rendent compte. A cela s'ajoute l'enchérissement épouvantable de la vie. La viande devient une denrée précieuse, tous les produits d'alimentation ont augmentés : impossible d'en voir la fin. Je crains que le mécontentement ne prennent des proportions terribles par suite de ces phénomènes palpables. A présent, oui, chacun ressent la guerre, jusqu'alors certains pouvaient l'oublier. Mais voila que sa griffe pénètre dans chaque maison, à tout instant on sent sa meurtrissure. Le soir, Viertel et Wildgans, bonnes conversations".
C'est valable aussi avec "la crise", cette guerre voulue par l'économie et la spéculation. Les "bourgeois" n'ont AUCUNE réelle idée, s'ils n'ont du moins pas connus la guerre, de ce qu'est avoir faim, vraiment faim. Il m'est trop souvent arrivé d'avoir bien plus que "la dalle" ; c'est de toutes choses "humaines" la plus terrible des douleurs physiques, je pense. Heureusement que je peux me nourrir de ma "faim de théâtre" - pas toujours rassasiée... Souvent l'une provoque l'autre. Et quand "onem on ne bouffe pas"...Ref : Stefan Zweig - Journaux 1912-1940" aux Editions Belfond - +/- 25€ 11/2/2007 A few words from Stefan Zweig : Lettre à R. Rolland, 21 nov. 1927Petite semaine "Stez". Dans des catégories différentes, ici une lettre, ici un article et là un extrait... Aujourd'hui, le mode épistolaire (Zweig est un redoutable epistolero héhéhé!). Lettre intéressante sur l'Allemagne "en crise" de 1927, de l'exploitation des "masses laborieuses", face à une certaine luxuriance. "Epoque de transition" écrit-il... je continue d'affirmer, et n'aurai de cesse de le marteler jusqu'au dégoût, que la situation "sous nos pieds et sur nos têtes" est "exact le même". C'est ici une lettre à Romain Rolland, écrivain et pacifiste, ami proche de Zweig. Lettre écrite en français, comme toujours dans sa correspondance à Rolland. La lettre est assez longue, j'éluderai un ou l'autre passage d'ordre plus privé ou général, pour ne garder (et c'est beaucoup) que le rapport à l'actualité, à son rapport au monde et ici, plus précisément à l'Allemagne.
Salzbourg 21 nov. 1927
![]() Mon cher ami, je reviens d'Allemagne où j'ai donné une série de conférences. Mais c'était mon "Chant du cygne". Je ne veux plus me gaspiller dans ces voyages fatiguants où l'on rencontre des centaines de personnes sans pouvoir causer réellement avec une seule. (...).
Etonnant, l'impression de l'Allemagne. Force énorme, richesse inouïe. Théâtres, conférences, cinémas, dancings, tout rempli à craquer. On achète des livres, des tableaux, on bâtit comme jamais. On se croit en Amérique, pays d'or. Alors on commence à s'intéresser à ce phénomène, curieux pour un peuple vaincu. Et on découvre qu'ils travaillent non comme des forçats mais comme des fous. Dix heures, douze heures par jour, ce n'est rien. Et le dernier employé comme le chef, tous également. Et second phénomène qui explique cette richesse : la paye misérable des employés. C'est tout simplement terrible comme on abuse du fait que ce pays est congestionné, rempli de millions d'hommes qui veulent travailler à tout prix. C'est une sorte de folie et nous craignons tousque cela fomente de graves inconvénients. Jamais un peuple n'a été tellement trompé après une révolution, les industriels sont plus maîtres aujourd'hui qu'autrefois Guillaume II. Ils sont rentrés dans le panneau avec une stupidité incroyable et gagnent moitié moins que sous l'empire pendant que les gains des classes riches ont quadruplé. Et admirable non seulement l'intensité mais aussi l'intelligence de ce travail. Ils font vraiment même de Berlin une belle ville! Jamais je n'ai vu un élan semblable à celui de Berlin en ce moment, et les américains eux-mêmes sont ébahis. Tout cela serait admirable si ce n'était pas aux frais de millions de gens qui ruinent leur corps et leur esprit par ce surplus de travail. Et puis, quand dans quelques années cette force de l'Allemagne sera visible!! Espérons que l'alliance avec la France se fasse vraiment, jamais je n'ai eu un tel frisson de peur qu'en pensant à un conflit européen ; comme c'est stupide d'occuper avec des soldats un mince territoire en Rhénanie pendant que tout le corps de ce pays se raidit et se remplit de forces.
Nous vivons dans un temps de transition comme aucune époque peut-être : vraiment, si on ne peut écrire tout cela dans un roman (et je n'ai pas la force d'embrasser des problèmes aussi larges) il faudrait noter tout chaque jour. Il faut témoigner en détail au moins*. Notre littérature est bien loin de pouvoir retenir tous ces phénomènes, bien que le niveau international n'ait jamais été aussi élevé dans le roman. Les américains avec Dos Passos, Sinclair Lewis, (Théodore ndlr) Dreiser donnent des exemples d'observation et nos européens suivent bien. Comme la vie est intéressante. (...) Je vous écrirai bientôt une autre lettre! Fidèlement, votre
Stefan Zweig
Duhamel** est à Leipzig pour des conférences. Il voyage trop vite pour pouvoir bien observer. Les français ne savent rien de ce qui se passe maintenant en Allemagne.
Voila, des chômeurs par millions, d'autres qui se sentent obligés de travailler plus que de nature humaine (stress, vous avez dit stress); financiers plus puissants que Crésus ; célébrations gransdiloquentes en tout genre : l'Europe de today est bien à l'identique de l'Allemagne d'hier... Et la guerre elle se fait contre le peuple, au dela de toutes couleurs et origines. Notons, notons.
Et travailleurs : travaillez à faire perdre de l'argent aux patrons (sabotez, déteriorez, sous régimez, cassez le rythme et l'outil, détournez, envoyez à gauche ce qui doit aller à droite (héhé)...volez même tiens!), c'est là que ça les touche... Peuple actuel qui "travaille comme bête de somme" : les Etats Unis, plus guerriers que jamais... bizarre..?
Ref : Stefan Zweig "Correspondance 1920-1931" - collection Biblio du Livre de Poche N°3415 (entre 8 et 10€). Défaut du bouquin : seulement les envois, pas les lettres reçue ou les réponses... dommage. Lettres à Rolland, Sigmund Freud, Schnitzler, etc... très intéressant.
* Ils existent : von Horvath, Klaus et Heinrich Mann pour la société et les masses ; Hermann Hesse aussi du point de vue du malaise de l'individu.
** Duhamel, Georges. Médecin et écrivain français, qui a écrit le très remarquable, et jamais je n'ai lu sur la première guerre un livre plus humain et par là plus dur encore, "Civilisation", prix GONCOURT 1918, sur son expérience de médecin sur le front et plus particulièrement les tranchées (des extraits bientôt!!!).
Demain : extrait de ses journaux (rationnement du pain, 1915; à Vienne - et son rapport à la bourgeoisie).
Wikipedia : (Zweig est déja repris dans d'autres billets!)
Une citation de Duhamel (tirée de "Civilisation" - un livre terrible, vraiment!) : "Si la civilisation n'est pas dans le coeur de l'homme; eh bien! elle n'est nulle part". |
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