Patichou's profileL'Ornithorynque - reston...PhotosBlogListsMore Tools Help

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    12/31/2007

    Video de la semaine : Motek

    C'est la période des "awards 2007", eh bien je n'y couperai pas : mon groupe de l'année :
     
    MOTEK, groupe belge que l'on peut entendre depuis 2006 mais qui a percé en 2007! Je vous livre une petite vidéo, enregistrée au Musée d'Art contemporain de Alost.
     
    Si vous faite partie des auditeurs "croutards"  de Classic 21, ou pire de "Mint", passez votre chemin... ou passez sur Pure FM, qui à certaines heures est écoutable (surtout après 22h! merci "Ponpon").
     
    Tant que j'y suis mes coups de coeur radio (tout n'est pas à jeter sur Classic 21, loin de là, mais y a des efforts à faire... commencer par virer Martine Matagne, conchiante... et aussi donner son billet de sortie, chez Pure FM, à l'insupportable Vanessa Klak, du matin...)
     
    - The Rock Show (remake gagnant de rock à gogo!) - 22h à minuit, du lundi au jeudi sur Pure FM (le vendredi il est avec bonheur sur Classic 21)
    - Brain Rock, le mercredi soir de 22 à 24h, sur Classic 21 ; l'émission du rock intelectuel et d'avant garde ; mention spéciale du jury pour la spéciale David Sylvian & Japan : impeccable.
    - Climat, dimanche à minuit sur Classic 21
     
     
     
    A part ça, Motek, ma découverte de l'année ; cfr Snow Patrol en 2006 ou bien encore Vitalik en 2005 Voila.
    12/30/2007

    Thema "Loup des steppes" (5/9) - Hermann Hesse

    Seconde partie et suite du "Manuscrit de Harry Haller", de ses tribulations à l'Aigle Noir, auberge où notre loup suicidaire Harry rencontre Hermine ; double féminin qui vit de ce que lui rejette ; en gros les plaisirs qui échappent à l'Esprit et l'intelect (ça rime avec politiquement correct... fait gaffe!).
     
    Nous laissions donc Harry à la constatation que rien n'est simple, puisqu'il n'a jamais appris à danser...
     
      Vous débarquez? Lisez l'article précédent (thema 4/8) pour la 1ere partie...
     
    La belle fille sourit de ses lèvres rouge sang et secoua sa tête ferme, coiffée à la garçonne. En la regardant, je crus m'apercevoir qu'elle ressemblait à Rose Kreisler, la première jeune fille dont, adolescent, je m'étais épris, mais Rose était, je m'en souvenais, brune et hâlée. Non, je ne savais pas qui elle me rappelait, cette étrangère, sinon quelqu'un de ma prime jeunesse, de mon adolescence.
     
    "Tout doux, fit-elle, tout doux. Alors, tu ne sais pas danser? Du tout? Pas même un one-step? Et, avec ça, tu affirmes que tu t'es donné dans la vie Dieu sait combien de peine! Eh bien, tu as menti, mon petit! A ton âge, tu ne devrais plus le faire! Comment, tu oses dire que tu t'es donné du mal dans la vie, quand tu ne sais même pas danser?
    - Mais puisque je ne peux pas! Je ne l'ai jamais appris.
    - Mais tu as appris à lire et à écrire, hein, et aussi à compter, et sûrement le latin et le français, et toutes sortes de choses? Je parie que tu as traîné à l'école dix ou douze ans, que tu as fait des études par-dessus le marché et que tu as un titre de docteur et que tu connais l'espagnol et le chinois? Ose dire que ce n'est pas vrai! Mais le petit bout de temps et d'argent pour un cours de danse, ça t'a toujours manqué, hein?
    - Ce sont mes parents, me justifiai-je. Ce sont eux qui m'ont fait apprendre le latin et le grec et tous ces trucs-là. Mais ils ne m'ont jamais fait apprendre à danser ; chez nous, ce n'était pas la mode, mes parents eux-mêmes n'ont jamais dansé".
    Elle me regarda froidement, pleine de mépris et, de nouveau dans son visage, quelque chose parla qui me rappelait ma première jeunesse.
    "Tiens, tiens, c'est la faute de tes parents! Leur as-tu demandé, par hasard, si tu pouvais venir ce soir à l'Aigle-Noir? L'as-tu fait? Réponds, mais réponds donc! Tu dis qu'ils sont morts depuis longtemps. Eh bien, alors? Si tu n'as pas voulu apprendre à danser dans ta jeunesse par pure obéissance -- soit! bien que je ne croie pas que tu aies été un petit garçon modèle, toi! Mais plus tard? Qu'as-tu fais plus tard, pendant toutes ces années?
    - Ah! avouais-je, je ne le sais plus moi-même. J'ai étudié, j'ai fait de la musique. J'ai lu des livres, j'ai écrit des livres, j'ai voyagé.
    - Drôles de vues que tu as sur la vie! Ainsi, tu as toujours fait des choses difficiles et compliquées, et les choses simples, tu ne les as jamais apprises? Pas le temps? Pas envie? Comme tu voudras! Dieu merci, je ne suis pas ta mère. Mais, après ça, faire comme si tu avais essayé de tout, et que rien ne t'ait réussi, non, pas de ça, mon petit!
    - Ne me grondez pas! priai-je. Je le sais bien, allez, que je suis fou.
    - Taratata! Chansons que tout ça! Tu n'es pas fou le moins du monde, monsieur le professeur, tu es même beaucoup moins fou qu'il ne le faudrait, à mon goût. Tu es bêtement intelligent, à la façon des vrais professeurs. Allons, prends encore un sandwich. Après ça, tu me raconteras autre chose".
    Elle fit apporter un autre sandwich, y mit un peu de sel, un peu de moutarde, en coupa un petit morceau pour elle-même et m'ordonna de manger. Je mangeai. J'aurais accompli tous ses ordres, tous, excepté celui de danser. Cela me faisait un bien inouï d'obéir, d'être assis près de quelqu'un qui me questionnait m'ordonnait, me grondait. (...)
    " Dis donc, comment t'appelles-tu? demanda-t-elle tout à coup.
    -Harry.
    - Harry? Un nom de gosse! D'ailleurs, tu n'es qu'un gosse, Harry, malgré ces petits bouts de taches grises dans tes cheveux. Tu es un gosse, et il te faut quelqu'un qui s'occupe un peu de toi. Je ne parle pas de danse pour le moment. Mais comme te voila peigné! Tu n'as donc pas de femme, pas de maîtresse?
    - Je n'ai plus de femme, nous sommes divorcés, j'ai bien une maîtresse, mais elle n'habite pas ici. Je ne la vois que rarement, nous ne nous entendons pas très bien".
    Elle sifflota doucement entre ses dents.
    " Tu me parais un monsieur plutôt compliqué, puisque aucune femme ne reste avec toi (...).
    "(...) Mais, parce qu'il n'est qu'un gosse, il court à la maison et il a envie de se pendre. J'ai bien compris ton histoire, Harry. C'est une drôle d'histoire. Elle me fait rire. Halte, ne bois pas si vite! On boit le bourgogne à petites gorgées, autrement il échauffe trop. Mais, à toi, il faut tout te dire, gosse que tu es'".
    Son regard était sévère comme celui d'une gouvernante de soixante ans.
    "Oh! oui, demandai-je, content, dites-moi tout.
    - Que faut-il te dire?
    - Tout ce que vous voudrez.
    - Bon, alors je te dirai une chose : depuis une heure tu m'entends te tutoyer et tu me dis encore vous. Toujours du grec et du latin, toujours ce qu'il y a de plus compliqué! Quand une femme te tutoie et qu'elle ne te dégoûte pas, tutoie-la aussi. Et d'une! Voilà déjà une chose que tu viens d'apprendre. Deuxièmement : depuis une bonne demi-heure, je sais que tu t'appelles Harry. Je le sais parce que je te l'ai demandé. Mais toi, tu n'as aucune envie de savoir mon nom.
    - Oh! si, j'aimerais bien le connaître.
    - Trop tard, mon petit! Un jour, on se reverra, et tu me le demanderas. Aujourd'hui, je ne le dirai plus. Voila! Maintenant, je veux danser".
    Comme elle faisait mine de se lever, je sentis soudain mon élan retomber, j'eus peur qu'elle ne partît et me laissât seul, et que tout ne redevînt comme avant. Telle une rage de dents passagèrement calmée qui revient et brûle comme du feu, la crainte et la terreur revenaient de nouveau. Oh! Dieu avais-je donc pu oublier ce qui m'attendait? Y avait-il donc quelque chose de changé?
    " Arrêtez, suppliai-je, ne partez... ne pars pas Bien entendu, tu peux danser tant que tu voudras, mais ne m'abandonne pas pour longtemps, reviens, reviens!".
    Elle se leva en riant. Je l'avais crue plus grande, elle était svelte, mais point élancée. De nouveau, elle me rappela quelqu'un ; mais qui? C'était introuvable (...).
     
       Demain, on s'avancera plus loin dans la rencontre Harry/Hermine.
    12/29/2007

    THema "Loup des steppes" (4/9) - Hermann Hesse

    C'est tiré, ici, du Manuscrit de Harry Haller (plus le traité!), de sa main. Nouveau niveau de narration supplémentaire. Vraiment intéressant comme construction du récit... On s'enfonce, on s'enfonce dans la chair du mal et du moi. Allez hop, pas de discussion! on embarque pour l'auberge de l'Aigle Noir et ses mystères, ses rencontres, en 2 parties. Premier morceau de choix.
     
      Notre Loup, sorti se suicider au rasoir, n'y parvient pas et échoue donc dans ce lieu de nuit... Début du dressage de l'animal, rencontre avec l'élément femelle? Ben "y'en a"...
     
    Je ne voyais pas le moyen de fuir ce que je redoutais. Si, dans la lutte entre désespoir et lâcheté, c'était la lâcheté qui triomphait une fois de plus, demain et tous les jours de désespoir reviendrait, accru par le mépris de moi-même. Je reprendrais et je rejetterais le rasoir tant de fois que je finirais par m'exécuter quand même. Alors, mieux valait tout de suite! Je me raisonnais moi-même comme un enfant apeuré, mais l'enfant n'écoutait pas, il s'enfuyait, il voulait vivre. Palpitant, entraîné à travers la ville, je contournais de loin mon appartement, toujours songeant au retour, toujours le retardant. Ici et là, je m'accrochais pour un instant au comptoir d'un bar, le temps de boire un verre de vin, deux verres de vin, puis j'étais emporté plus loin, pourchassé en grands cercles autour du but, autour du rasoir, autour de la mort. Mortellement las, je m'asseyais un moment sur un banc, sur le bord d'un puits, sur une pierre ; j'entendais battre mon coeur, j'essuyais la sueur de mon front, je repartais, plein d'une terreur mortelle, plein du désir vacillant de vivre.
     
    C'est ainsi que je fus entraîné, à une heure tardive, dans une banlieue éloignée et peu connue de moi, vers une auberge d'où s'échappait une musique stridente. Au-dessus de la porte, je lus en entrant une vieille enseigne : A l'Aigle Noir. A l'intérieur, c'était le fête, la fumée, les vapeurs du vin, les clameurs ; on dansait dans la salle du fond ; là se déchaînait la musique. Je restai dans la première salle, où se tenaient pour la plupart des gens simples, pauvrement vêtus ; par contre, à côté, on apercevait aussi des silhouettes élégante. Poussé par la cohue je me trouvai acculé, près du buffet, à une table à laquelle était assise, sur un banc adossé au mur, une jolie fille pâle, en robe du soir profondément décolletée, une fleur fanée dans les cheveux. Elle me regarda cordialement et attentivement, recula un peu et me fit place.
    "Vous permettez? Demandai-je, en m'asseyant près d'elle.
    - Certainement, dit-elle. Qui donc es-tu?
    - Merci, dis-je, je ne peux pas retourner chez moi, c'est impossible, je ne peux pas, je ne peux pas ; je veux rester ici, avec vous, si vous le voulez bien. Non, je ne veux pas rentrer."
    Elle hocha la tête, comme si elle me comprenait ; je contemplai le frison qui lui tombait sur l'oreille et je vis que la fleur fanée était un camélia. Au fond retentissait la musique ; au buffet les garçons clamaient les commandes.
    "Reste ici, dit-elle d'une voix qui me fit du bien. Pourquoi ne peux-tu pas rentrer?
    - Je ne peux pas. Quelque chose m'attend là-bas... non, je ne peux pas, c'est trop horrible.
    - Eh bien, laisse-le attendre et reste ici. Et d'abord essuie ton lorgnon, tu n'y vois pas clair. C'est ça, donne-moi ton mouchoir. Qu'est-ce qu'on prend? Du Bourgogne?".
    Elle essuya mon lorgnon ; alors seulement je la vis clairement : le visage ferme et pâle, la bouche rouge sang, les yeux gris clair, le front lisse et frais, le petit frison pour l'oreille. Bienveillante, un brin railleuse, elle s'occupa de moi, commanda du vin, heurta mon verre du sien et jeta un regard sur mes souliers".
    " Mon Dieu! mais d'où viens-tu? On te dirait venu à pied de Paris! On ne se présente pas dans cette tenue-là à un bal, voyons'".
    Je répondais oui et non, je riais un peu, je la laissais parler. Elle me plaisait beaucoup, ce qui ne laissait pas de me surprendre, car, jusqu'alors, j'avais évité ce genre de filles et les avais considérées plutôt avec méfiance. Elle était vis-à-vis de moi précisément ce qu'il fallait qu'elle fût en ce moment, - oh! et, depuis, elle l'a été à toute heure. Elle me traitait avec tout le ménagement dont j'avais besoin. Elle commanda un sandwich et m'ordonna de le manger. Elle me versa du vin et m'enjoignit de le boire, mais pas trop vite. Puis elle me complimenta sur ma docilité.
    "Tu es sage, toi, fit-elle, encourageante. Tu ne me donnes pas de fil à retordre. Parions qu'un qu'un bout de temps a passé depuis la dernière fois où tu as obéi à quelqu'un?
    - Oui, vous avez gagné votre pari. Mais comment le savez-vous?
    - Ce n'est pas sorcier. Obéir, c'est comme boire et manger : rien ne vaut ça quand on en manque depuis longtemps. Tu m'obéis volontiers, pas vrai?
    - Très volontiers. Vous savez tout.
    - Tu me rends ça facile. Peut-être, ami, pourrais-je même te dire ce qui t'attend chez toi et dont tu as si peur. Mais tu le sais toi-même ; pas la peine d'en d'en parler, hein? Fariboles que tout ça! Ou bien on se pend, et alors, tant pis, quand on se pend, on se pend, c'est qu'on a ses raisons. Ou bien on vit, et alors on n'a qu'à se soucier de la vie. Rien de plus simple.
    - Oh! m'écriai-je, si c'était aussi simple que cela! Dieu sait si je m'en suis soucié, de la vie, et pourtant ça ne m'a guère profité. Il est peut-être difficile de se pendre, je n'en sais rien, moi! Mais vivre est tellement plus difficile! Dieu sait si ça l'est, difficile!
    - Rien n'est plus facile, tu verras. Le commencement est fait, tu as nettoyé ton lorgnon, tu as mangé, tu as bu. Maintenant, on va donner un coup de brosse à tes souliers et à ton pantalon ; ils en ont diablement besoin. Après ça, tu danseras un shimmy avec moi.
    - Voyez-vous, m'écriai-je avec ardeur, que c'est moi qui avais raison. Je ne regrette rien plus que de ne pouvoir obéir à un de vos ordres. Pourtant, celui-là je ne puis l'exécuter. Je ne peux pas danser ni un shimmy, ni une valse, ni une polka, ni toutes ces choses-là dont je ne sais plus le nom ; de ma vie je n'ai appris à danser. Voyez-vous, maintenant, que tout n'est pas aussi simple que vous le croyez?".
     
    Voila, partie un de deux "over" ; la suite demain... youpee.  
     
    A propos! j'ai aussi connu des ornithorynques qui se comportaient de la sorte... en manque? secret garden (à la niche!).
    12/28/2007

    Thema "Loup des steppes" (3/9) - Hermann Hesse

    Troisième salve du Loup des steppes, toujours extraite du "Traité du Loup des steppes - seulement pour les fous", avec pour centre du propos le bourgeois et le bourgeoisisme. Si vous connaissez la phrase "Le bourgeois, de par sa nature, est un être doué d'une faible vitalité, craintif, effrayé de tout abandon, facile à gouverner...", et bien c'est tiré de ce roman de Hermann Hesse. A travers son "traité du Loup des steppes", il nous renvoie bien plus largement (c'est une narration) à celui qui écoute, dont ...le public ou lecteur, auditeur bourgeois ; allez, prends ça pour ta gueule, hop (ou quand les pas plus fins justifient la moyenne...).
     
      Du bourgeoisisme, du bourgeois et de l'humour des loups des steppes :
     
    ... Le bourgeoisisme lui-même, en tant qu'état humain qui subsiste à perpétuité, n'est pas autre chose qu'une aspiration à la moyenne entre les innombrables extrêmes et antipodes de l'humanité. Prenons pour exemple une de ces paires de contrastes telle que le saint et le débauché, et notre comparaison deviendra immédiatement intelligible. L'homme à la possibilité de s'abandonner absolument à l'esprit, à la tentative de pénétration du divin, à l'idéal de la sainteté. Il a également la possibilité inverse de s'abandonner entièrement à la vie de l'instinct, aux convoitises de ses sens, et de concentrer tout son désir sur le gain de la jouissance immédiate.  La première voie mène à la sainteté, au martyre de l'esprit, à l'absorption en Dieu. La seconde mène à la débauche, au martyre des sens, à l'absorption en la putrescence.
     
    Le bourgeois, lui, cherche à garder le milieu modéré entre ces deux extrêmes. Jamais il ne s'absorbera, ne s'abandonnera ni à la luxure ni à l'ascétisme ; jamais il ne sera un martyr, jamais il ne consentira à son abolition : son idéal, tout opposé, est la conservation du moi ; il n'aspire ni à la sainteté ni à son contraire, il ne supporte pas l'absolu, il veut bien servir Dieu, mais aussi le plaisir ; il tient à être vertueux, mais en même temps à avoir ces aises. Bref, il cherche à s'installer entre les extrêmes, dans la zone agréable et tempérée, sans orages ni tempêtes violentes, et il y réussit, mais aux dépens de cette intensité de vie et de sentiment que donne une existence orientée vers l'extrême et l'absolu. On ne peut vivre intensément qu'aux dépens du moi. Le bourgeois, précisément, n'apprécie rien autant que le moi (un moi qui n'existe, il est vrai, qu'à l'état rudimentaire). Ainsi, au détriment de l'intensité, il obtient la conservation et la sécurité ; au lieu de la folie en Dieu, il récolte la tranquillité de la conscience ; au lieu de la volupté, le confort ; au lieu de la liberté, l'aisance ; au lieu de l'ardeur mortelle, une température agréable. Le bourgeois, de par sa nature, est un être doué d'une faible vitalité, craintif, effrayé de tout abandon, facile à gouverner. C'est pourquoi, à la place de la puissance, il a mis la majorité ; à la place de la force, la loi ; à la place de la responsabilité, le droit de vote.
     
    Il est clair que cet être pusillanime, en quelque grande quantité qu'il existe, est incapable de se maintenir, qu'en raison de ses facultés il ne peut jouer dans le monde un autre rôle que celui d'un troupeau de brebis entre des loups errants. (...) Car le mot d'ordre du bourgeoisisme est le principe inverti des forts : celui qui n'est pas contre moi est pour moi.
     
    Si c'est du point de ce point de vue-là que nous envisageons l'âme du Loup des steppes, il nous paraît destiné à être un non-bourgeois par le degré même qu'atteint son individualité, car toute individualisation poussée à l'extrême se tourne contre le moi et tend à le détruire. Nous voyons qu'il a en lui des penchants violents à la sainteté comme à la débauche, mais qu'une faiblesse ou une indolence quelconque l'empêche de faire le saut dans l'espace universel, libre et farouche, et le laisse attaché à la lourde constellation maternelle du bourgeoisisme. Telle est sa place dans l'univers, tel est son enchaînement. La plupart des intellectuels, le plus grand nombre des artistes appartiennent à ce type. Seuls les plus forts d'entre eux pourfendent l'atmosphère du monde bourgeois et atteignent au cosmique ; tous les autres se résignent et consentent à des compromis, méprisent le bourgeoisisme et pourtant lui appartiennent, le renforcent, le glorifient, puisque, finalement, ils sont forcés de le réaffirmer afin de pouvoir vivre. Il en résulte pour ces innombrables existences non pas une grandeur tragique, mais un désastre et une infortune dont l'enfer même attise et féconde le talent. Les rares êtres qui s'y arrachent se retrouve dans l'absolu et périssent admirablement, ce sont les tragiques ; leur nombre est restreint. Mais les autres, les enchaînés, dont les talents sont souvent fort honorés par la bourgeoisie, voient s'ouvrir devant eux un troisième royaume, un monde imaginaire, mais souverain : l'humour. Aux loups des steppes inapaisés, qui souffrent perpétuellement et terriblement, à qui est refusée la force nécessaire au tragique, au brisement dans l'espace étoilé, qui se sentent destinés à l'absolu et pourtant ne sont pas en état d'y vivre : à ceux-là, quand leur esprit est vivifié par la souffrance, se présente la voie conciliatrice de l'humour. L'humour reste en quelque sorte bourgeons, bien que le bourgeois véritable soit incapable de le comprendre. L'idéal disparate et enchevêtré de tous les loups des steppes se réalise dans sa sphère imaginaire : il devient possible non seulement d'accepter à la fois le débauché et le saint, de rapprocher les pôles opposés, mais aussi d'intégrer le bourgeois dans cette affirmation...
     
    Demain, détour par l'Aigle Noir et rencontre avec Hermine, son "double féminin" 

    Les vendredi du Neuneu (5)

    Cas particulier ce vendredi, car qui aime bien châtie bien, et vous le constaterai ça n'a pas de prix, pour ne pas dire que c'est impayable. Quoi donc, qui donc? Eh bien le marché de l'Art* et ses spéculateurs... Et quand on dit "impayable..." c'est pas qu'au niveau du risible (au point que ça ne fasse plus rire personne, ou juste quelques financiers - y comprennent-ils seulement quelque chose, à l'art je veux dire!?). Voir article en lien joint
     
     
    Le neuneu de ce vendredi est, nuisance de moyens faisant loi, le marché de l'Art, principalement contemporain, et ses "excès de bon goût", qui s'emballe pour quelques oeuvres destinées à finir au coffre-fort - en gros.
     
     
    Excès de moyens financiers nuit en tout! Finalement l'argent n'existe que pour que les médiocres puissent s'élever, incapables de le faire par leurs propres moyens... D'accord, pour "une fois", ça ne sert pas que des artistes morts... ce qui est pris n'est plus à prendre, mais c'est parfois limite indécense...
     
    L'article du soir.be : "L'artiste maudit, c'est fini!" :
     
     
    peter-doig-white-canoe
     
    * Marché et art, ça va déjà pas bien ensemble... le "White Canoé", de Peter Doig, est splendide, au dela même de sa "valeur faciale" - ne le regardez pas pour son étiquette de prix, mais pour lui-même, en tant qu'oeuvre d'Art. Y'en a quand même qui nous pourrissent le regard... 8.7 millions d'€... j'vous mets même la photo, à ce prix là, les copyright je m'en tape et c'est pour le plaisir des yeux (pas tout laisser aux neuneus!).
     
     Wikipedia, en anglais, version française indigente : http://en.wikipedia.org/wiki/Peter_Doig
    12/27/2007

    Thema "Loup des steppes" (2/9) - Hermann Hesse

    Ce qui est marquant dans cette oeuvre, outre la qualité d'écriture habituelle de Hesse, c'est la construction du récit sur plusieurs niveaux de narration. Je m'explique : notre "loup" est décrit successivement par plusieurs "intervenants" ; la "préface de l'éditeur", qui nous narre le personnage d'Harry Haller sur base des écrits qu'il a laissé ;  ainsi qu'à travers le regard du neveu de sa logeuse. Ensuite le récit au "il y avait une fois un nommé Harry..." que j'ai plaisir à imaginer écrit par le loup, sous forme de traité du loup des steppes, étude de cas. Le manuscrit ensuite, par opposition, de la main de Harry au "je" ; situation du "je" qu'il multiplie par les multiples de lui (par ex. Hermine, son double féminin), sans oublier les dévers du récit via les personnages de Goethe, Mozart avec qui, au sein du théâtre magique diriger par "Pablo" figure kaléidoscope, magique, du clown, bourreau voire du psychanalyte, il est amené à dialoguer (soliloquer?).
     
    D'un point de vue théâtral, c'est d'un intérêt sensible et un défi dramaturgique passionnant. Mais l'écriture de Hesse, par delà l'idée de "Théâtre magique" qu'il nous propose nous ouvre toutes les portes de la théâtralité où s'engouffrer à plaisir... Dont acte. L'écriture et les thèmes ont pas pris une ride!
     
      (Image Andy Warhol) Allez, traité du loup des steppes. Assez cynique héhé (bref drôle, intelligent et bien évidemment subversif...), et déjà l'élément "magique" (psychanalytique?) récurrent dans les oeuvres postérieures au "Loup des steppes". Ou quand Hesse s'amuse de lui, et de nous lecteurs, voir spectateurs ou auditeurs, selon le rapport à la narration établi. Oyez braves gens... (bourgeois s'abstenir, attention!)
     
    TRAITE
    DU
    LOUP DES STEPPES
     
    Seulement pour les fous
     
    Il y avait une fois un nommé Harry, au sobriquet de Loup des steppes. Il marchait sur deux jambes, portait des vêtements et était un homme, bien qu'au fond, il ne fût quand même qu'un loup des steppes. Il avait appris bien des choses comme peuvent en apprendre les gens sensés, et c'était un homme assez intelligent. Mais ce qu'il n'avait pas appris, c'est à être content de lui-même et de sa vie. Cela, il ne le pouvait pas, il était un mécontent. Probablement parce qu'au fond de son coeur il savait (ou croyait savoir) qu'en réalité il n'était pas du tout un homme, mais un loup de la steppe. Que les gens compétents essaient d'établir si jadis, avant même sa naissance, il avait été ensorcelé et transformé par magie de loup en homme , ou si, né parmi les humains, il avait été doué d'une âme de loup, ou enfin si cette conviction d'être un loup n'était chez lui qu'une maladie et une hallucination. Il est possible, par exemple, que cet homme ait été, dans son enfance, sauvage, indomptable, désordonné, que ses éducateurs se soient éfforcés de détruire la bête en lui, et par là, précisément, lui aient donné la certitude qu'il n'était qu'une bête dissimulée sous un mince vernis d'éducation et d'humanité. On pourrait en discourir longuement et curieusement, et même écrire des livres là-dessus ; le Loup des steppes ne s'en trouverait pas  mieux, car il lui était bien égal de savoir si le loup lui avait été incorporé par sorcellerie ou à coups de trique, ou s'il n'était qu'une hallucination de son âme. Il se moquait parfaitement de ce qu'en pensaient les autres, et lui-même, il s'en moquait bien, puisque rien de tout cela n'arriverait à extirper le loup de son être.
     
    Donc, le Loup des steppes avait à la fois une nature humaine et une nature de fauve, tel était son destin, et il se pourrait bien que ce destin ne ne fût ni si singulier ni si rare. Il existe bon nombre d'hommes qui ont en eux quelque chose du chien ou du renard, du poisson, ou du serpent, sans pour cela subir des difficultés particulières. Chez ceux-là, l'homme et le renard, l'homme et le poisson vivent côte à côte ; aucun ne fait souffrir l'autre, au contraire, ils s'entraident même ; certains hommes dont on envie la destinée doivent leur bonheur au singe ou au renard qu'ils recèlent plutôt qu'à l'être humain. C'est une chose bien connue de tous. Chez Harry, par contre, l'homme et le loup ne cohabitaient pas paisiblement, et, bien loin de s'entraider, menaient perpétuellement entre eux une lutte à la vie et à la mort ; l'un ne vivait que pour faire enrager l'autre, et, lorsque deux êtres, dans le même sang et la même âme, se haïssent mortellement, ce n'est pas une existence heureuse. Enfin! tout homme à son destin, et aucun n'est facile.
     
    Notre loup des steppes avait donc la conscience, comme c'est le cas chez tous les êtres mixtes, d'être tantôt un loup, tantôt un homme ; mais, lorsqu'il était loup, l'homme veillait en lui, spectateur et juge ; et, lorsque il était un homme , le loup observait à son tour. Par exemple, quand Harry l'homme avait une belle pensée, éprouvait une sensation noble et raffinée ou accomplissait ce qu'on est convenu de nommer une bonne action, le loup, au-dedans de lui, montrait les dents, éclatait de rire et lui prouvait avec une raillerie cinglante le ridicule de toute cette grandiloquente comédie jouée par un fauve, un carnassier, qui, au fond de son coeur, savait exactement ce qui lui convenait : courir, solitaire, la steppe, se gorger de sang de temps en temps ou traquer une louve. Ainsi, vue par le loup, toute action humaine devenait férocement comique et maladroite, stupide et outrecuidante. Mais il en était de même quand Harry sentait et se conduisait en loup, quand il montrait les dents, quand il éprouvait une haine et une aversion mortelle envers tous les hommes, leurs moeurs et leurs manières hypocrites. A ce moment-là, ce qui veillait, c'était sa partie humaine ; elle observait le loup, le traitait de brute et d'animal et lui empoisonnait toutes les joies de sa nature de fauve, simple saine et sauvage.
     
    Tel était le sort du Loup des steppes, et l'on peut facilement s'imaginer que la vie de Harry n'était pas précisément agréable. Ce qui ne veut pas dire qu'il ait été tout particulièrement malheureux (bien que lui-même en fût persuadé, car chacun de nous tient lui-même ses souffrances pour les plus cruelles de toutes). C'est une chose qu'on ne devrait dire de personne. Même celui qui n'a pas de loup en lui n'est pas forcément heureux. Cependant la vie la plus douloureuse à encore ses heures ensoleillées et ses petites fleurs de bonheur parmi le sable et les pierres. Il en était ainsi pour le Loup des steppes. La plupart du temps, on ne saurait le nier, il souffrait et pouvait aussi faire souffrir les autres, notamment ceux qui l'aimaient et qu'il aimait. Car tous ceux qui lui donnaient leur amour ne voyaient d'ordinaire en lui qu'un seul côté. Certains l'aimaient comme un homme fin, personnel et intelligent, et se montraient horrifiés et déçus quand ils découvraient en lui le loup. Mais ils ne pouvaient faire autrement que le découvrir parce que Harry, comme tout être, désirait qu'on l'aimât tout entier et ne voulait pas camoufler ni truquer le loup, surtout aux yeux de ceux à l'amour desquels il tenait le plus. Mais d'autres, justement, aimaient en lui le fauve , l'essence libre, sauvage, indomptable, dangereuse, puissante, et ceux-là, à leur tour, subissaient le désappointement le plus cuisant, quand le loup farouche et furieux se trouvait encore, par dessus le marché, être un homme, quand il éprouvait la nostalgie de la tendresse et de la douceur, qu'il voulait entendre Mozart, lire des vers et nourrir un idéal humain. Ceux-là, pour la plupart, étaient les plus déçus et les plus irrités, et c'est ainsi que le Loup des steppes empoisonnait de sa dualité et de sa disparité tous les destins qu'il frôlait. 
     
    Celui qui croit maintenant connaître Harry et s'imaginer sa vie lamentable et déchirée se trompe cependant, car il est encore loin de tout savoir. Il ignore qu'il y avait chez lui (car il n'y a pas de règle sans exceptions, et un seul pêcheur, parfois, est plus cher à Dieu que quatre-vingt-dix-neuf justes) d'exceptionnels instants de bonheur et qu'il lui arrivait de sentir, de penser, de humer en lui l'homme ou le loup pur et entier, et que, parfois même, à de rares heures, tous deux faisaient la paix et vivaient en amour ; non pas que l'un dormait tandis que l'autre veillait ; non, ils s'encourageaient et se complétaient mutuellement.
     
    Dans la vie de cet homme , comme partout au monde, le quotidien, l'accoutumé, l'admis et le régulier ne paraissaient  quelquefois exister que pour cesser d'être, pour vivre, ça et là, la durée d'une pause brève, pour éclater et faire place à l'extraordinaire, au miracle et à la grâce. Ces heures rares de bonheur arrivaient-elles à compenser et adoucir le sort pitoyable du Loup des steppes, de sorte que douleur et félicité s'équilibraient en fin de compte? Peut-être même ce bonheur fugace, mais intense, absorbait-il toutes les souffrances et laissait-il un surcroît? Ce sont là de ces problèmes sur lesquels les oisifs peuvent ratiociner à loisir. Le Loup lui-même les ressassait souvent en ses jours désoeuvrés.
     
    A cela, il faut encore ajouter une chose. Il existe un assez grand nombre de gens de la même espèce que Harry ; beaucoup d'artistes notamment appartiennent à cette catégorie. Ces hommes ont tous en eux deux âmes, deux essences ; le divin et le diabolique, le sang maternel et le sang paternel, le don du bonheur et le génie de la souffrance coexistent et inter existent en eux aussi haineusement et désordonnément que le loup et l'homme en Harry. Ces êtres-là, dont la vie est des plus inquiète, éprouvent parfois, éprouvent parfois à leurs rares instants de joie une si indicible beauté et intensité, l'écume du moment jaillit si haut et si aveuglante au-dessus de la mer de souffrance que ce bonheur éclatant et bref, en rayonnant effleure et séduit les autres. C'est ainsi que naissent, écume éphémère et précieuse au-dessus de l'océan des douleurs, toutes ces oeuvres d'art par lesquelles un seul homme qui souffre s'élève si haut, pour une heure, au dessus de son propre sort que sa félicité rayonne comme un astre et, à tous ceux qui la voient, apparaît comme une éternité, comme leur propre rêve de bonheur. Tous ces hommes, quels que soient les noms que portent leurs actes et leurs oeuvres, n'ont pas, au fond, de vie proprement dite ; leur vie n'est pas une existence : elle n'a pas de forme, ils ne sont pas héros, artistes ou penseurs, de la même façon dont d'autres sont juges, médecins, professeurs ou cordonniers ; leur vie est un mouvement, un flux éternel et poignant, elle est misérablement, douloureusement déchirée et apparaît insensée et sinistre, si l'on ne consent pas à trouver son sens dans les rares émotions, actions pensées et oeuvres qui resplendissent au-dessus de ce chaos. C'est parmi les hommes de cette espèce qu'est née l'idée horrible et dangereuse que la vie humaine tout entière n'est peut-être qu'une méchante erreur, qu'une fausse-couche violente et malheureuse de la Mère des générations, qu'une tentative sauvage et lugubrement avortée de la Nature. Mais c'est aussi parmi eux qu'est née cette autre idée, que l'homme n'est peut-être pas uniquement une bête à moitié raisonnable, mais un enfant des dieux destiné à l'immortalité.
     
      Voila, long extrait, très malin qui des défauts du loup nous fait glisser sans fard vers la véritable médiocrité : celles des gens banals, communs, ennuyeux... bref bourgeois, mais ça c'est pour l'extrait de demain, à chaque jour suffit sa ration de son...
     
    Premier roman existententialiste? On le dit...
     
    Ah oui, avant que j'oublie : fait gaffe à l'Ornithorynque des steppes (graouhh) - là aussi, le loup est gagnant (férocement comique!), d'essence libre...
    12/26/2007

    Thema "Loup des Steppes" (1/9) - Hermann Hesse

    Semaine Hermann Hesse, ou plus exactement "Loup des Steppes", roman "autobiographique" (Hermann Hesse e(s)t Harry Haller, et Hermine son double féminin.) et d'initiation à la vie et à la recherche de l'équilibre entre corps et esprit. Harry Haller, le héros du récit, est "à la fois loup et homme".
     
      Je l'ai adapté pour le théâtre et monté entre 2000 et 2001 (par le No Man's Land théâtre, joué à l'Eden de Charleroi début juin 2001, sous le titre "Tout le monde n'entre pas, seulement par les fous", aussi monté pour raisons... autobiographiques, question de réapprendre à rire de soi, mission de notre Harry. Un oeuvre littéraire majeure, écrite en 1927, et toujours actuelle par les interrogations qu'elle pose sur les problèmes du "moi" et du monde.
     
    Voila, je vous propose, en suivant la chronologie du récit, quelques extraits qui, par ailleurs, faisaient partie du spectacle. Versifié, l'extrait fait partie du chapitre central "Le manuscrit de Harry Haller".
     
    "Loup des steppes, je rôde, je rôde,
    De la neige partout dans le vaste monde.
    Le corbeau bat des ailes dans l'arbre,
    Mais nulle part une biche ou un lièvre.
    Les biches, j'en suis amoureux,
    Si au moins j'en trouvais une
    Je la prendrais entre mes mains, entre les dents,
    C'est ce qu'il y a de meilleur au monde.
    Je l'aimerais de toute mon âme,
    Je mordrais sa tendre chair,
    Je m'abreuverais de son sang si rouge,
    Pour hurler, après, toute la nuit.
    Je me contenterais même d'un lièvre,
    Sa chair chaude est bonne, dans le noir.
    Ah! ai-je donc tout perdu
    De ce qui fait la vie un peu douce?
    Le poil de ma queue est tout gris,
    Ma vue, elle aussi, se trouble,
    Ma chère femme est morte depuis longtemps.
    Et je rôde et rêve de biches,
    Je rôde et rêve de lièvres.
    J'écoute le vent souffler dans la nuit d'hiver;
    J'abreuve de neige mon gosier brûlant;
    J'emporte ma pauvre âme au diable".
     
    Voila pour introduction à notre thema "Loup des Steppes"... Il en existe un film aussi, mais il est dans un coffre-fort, en Suisse et ne sera montrable, je pense, qu'en 2012 (Hesse est mort en 1962), pour des raisons de droits (La maison Suhrkampf est très dure...) et j'espère vivre suffisamment longtemps pour le voir, le recevoir...
    En attendant, "Patiloup" s'en va courir la steppe : les biches, j'en suis amoureux, si au moins j'en trouvais une...
     
      Réf : Collection "Le Livre de Poche", N° 2008 - +/- 7€.
    12/24/2007

    Yves Simon : "Rumeurs" (2007)

    "Rumeurs", nouvel album d'Yves Simon : ENFIN!. BOn, ça fait maintenant un petit mois que je l'ai et l'écoute. 8 années d'attente depuis le remarquable "Intempestives".
     
      Que dire : qu'Yves Simon a pris un "coup de vieux"... mais expliquons-nous : ce grand adolescent amoureux de Rimbaud, Rilke, Godard, du Japon et des villes est passé à la trentaine (il a 63 ans!)... Cela se traduit, selon moi, par une dimension très intimiste de ce "Rumeurs", quasiment sous forme simple "une voix, une guitare". On est loin des explorations musicales, des orchestrations pour cordes de "Intempestives", et c'est vrai ça fait étrange ce changement. Yves Simon reste avant tout un témoin du monde, un regard sur celui-çi, tant par ses écrits que sa musique, ses chansons. Album de 13 morceaux, assez courts (le plus long fait 4'24"... ), comme à son habitude.
     
    Après quelques écoutes, et cette étrange contact avec le très personnel "J'ai peur" qui ouvre le "Rumeurs", j'aime beaucoup cet album qui a fini par m'apprivoiser et me distille avec grande simplicité ses histoires... Faiblesse (vilain mot!) de certains morceaux qui sont moins "ancrés" sur la réalité du monde, quand il tourne le regard vers lui (c'est légitime), c'est dommage car c'et comme témoin qu'il est le plus percutant et finalement proche de nous, et il reste un redoutable chroniqueur du réel, avec poésie.
     
    Ce qui en fait un témoin (et un... trentenaire) est l'écriture habituelle au présent, comme toujours ; ici "je t'emmènerai"... est au futur, c'est ça que j'appelle son coup de vieux... on peut se souvenir de son "Attention futur", au présent. Une voix toujours aussi belle, pas tant techniquement que pour la chaleur qu'elle dégage, et voix étrangement jeune, as always! C'est une des raisons qui font que je craque pour ces albums, parfaits compléments de ses bouquins, on peut ajouter une voix aux mots - mots d'une grande jeunesse, aussi, rimbaldienne... Deux morceaux avec des voix féminines : "La rumeur" avec Angela Molina (passable...), et "Aux fenêtres de ma vie" avec la présence de cette fabuleuse artiste qu'est Françoise Hardy ; apparemment, là, il s'est fait plaisir et le morceau est franchement correct (je ne suis pas amateurs de duo, en général!). Bien entendu, si l'on connaît ses bouquins, ça nous parle encore plus ses chansons, les rapports sont toujours admirablement entremèlés!
     
    Mes favorites : le touchant et très humain "J'ai peur" ; "Un jour on dit", assez sombre et au texte si simple et beau ; "Les filles ont des sentiments" aussi car il reste un remarquable chanteur de femmes dont il sait, depuis "Juliet aux pays des merveilles, nous conter la beauté ; le "traditionnel "Les embruns de la jeunesse" car il reste émminemment jeune héhé...
     
    LE COUP DE COEUR, digne de ses "Eternelles" (roman - Le livre de poche,  N° 30547 +/- 6€), "Marguerite", où il rend, avec amour, hommage à Marguerite Yourcenar (ouf : pas Duras... non je plaisante, aussi une très grande de l'écriture!) qui reste un de mes auteurs préférés et une très grande dame.
     
    Passable : "La métisse" - quand il fait son Julien Clerc ça le fait nettement moins, et le futur simpliste "Je t'emmènerai" - qui me fait tout drôle (moi aussi je tombe dans la trentaine... aïe).
     
     
    Yves Simon - Irène, Irène
    envoyé par yves-simon
     
    Vidéo de la semaine* : le très sympa (ça reste un single!) "Irène, Irène".
     
    * : Dominique???
    12/21/2007

    Les vendredi du neuneu (4)

    Après une interruption d'une semaine, pour cause de spleen, revoila l'hilarante chronique hebdomadaire... Nous nous accorderons pour dire, avec retard, mais y a des choses qui changent pas d'un vendredi à l'autre alors, la semaine dernière le neuneu c'est moi ; pour motif d'incapacité à gérer ses sentiments et son affectif de galérien volontaire... Neuneu pour cause de coeur, bite, sentiment, bouquet de roses et lys - plus jamais offrir de fleurs...
     
    Bon ce vendredi, le neuneu est multicolore et au moins bilingue, un vrai personnage de commedia (avec Guy les belles-dents aux commandes), zwart-gelb-rouge est son nom de scène...
     
    Bref, le neuneu de ce vendredi est :
     le gouvernement intérimaire belge, ses représentants et l'ensemble du peuple* de cette nation tricéphalopithèque.
     
    Pourquoi? Parce qu'après 6 mois zonder gouvernement, on nous promet trois mois de belgitude un peu comme en couveuse suite après un accouchement prématuré (qu'on appelle compromis à la belche...). Donc je suis curieux de voir de quoi on va accoucher d'ici trois mois, un peu comme si les parents voulaient l'enfant un peu par morceaux (pitié pas flamande la tête... ça aide pas dans la vie, et ça veut tout le temps mordre), et forcément ça sent la déchirure... Manipulation génétique en vue?
     
    Euh en fait...? Fille ou garçon (bon d'accord j'arrête, c'est déjà compliqué assez - oh oui, encore!).
     
    Belge Famille
     
    * : Oui oui, moi aussi (et toi aussi, tiens, là y a pas de raison... ce coup-çi y a 10.000.000 de neuneus, plus ou moins...)
    12/20/2007

    A few words from Hermann Hesse : "Nuit de veille"

    Enfin, un petit bout de Hermann Hesse, un de ses courts poèmes (rédigés entre 1897 et 1962), que l'on retrouve dans "Poèmes choisis", chez Corti. Bientôt aussi un album photo "visages de mots"... A suivre
     
    En attendant l'image, voici un court poème de 1946, qui me parle de l'horizon et de l'atttrait qu'il a pour l'homme : l'homme est nomade par définition... et mon âme l'est et cherche... cet appel d'horizon. Je ne vous cache pas non plus mon amour pour l'oeuvre de Hesse, son écriture. Les poèmes sont rédigés dans cette écriture sèche typique à Hesse, concise, particulièrement dans les poèmes. Celui-çi est rédigé en Tessin (Montagnola - il y a un superbe Musée Hermann Hesse, où l'on peut aussivoir ses oeuvres peintes, très colorées et naïves - exemples bas de page!). Le Tessin est aussi vraiment splendide, ensoleillé et chaud... J'adore.
     
    Voila :
    Nuit de veille (Wache Nacht - 1946) :
     
    "Pâle nuit de Foehn au dehors,
    La lune au bois va disparaître.
    Pourquoi ce douloureux effort
    Me fait pencher à la fenêtre?
     
    J'ai dormi, j'ai rêvé pourtant...
    Quelle voix dans la nuit m'appelle?
    Aurais-je oublié, me dit-elle,
    Quelque soin, quelque acte important?
     
    Ah! je voudrais m'enfuir et suivre,
    Quittant pays, jardin, maison,
    Ce magique appel qui m'énivre,
    Toujours plus loin, vers l'horizon".
     

    Ou quand le Narcisse Hesse veut voler par Goldmund et par vaulx ; et le Foehn est un vent qui rend fou... Fonce gamin, fonce!. Image : Hesse à Montagnola, Tessin (Suisse).

    Hermann Hesse - "Poèmes Choisis et traduits par Jean Malaparte"Editions José Corti, 18€Poèmes choisis 

       Museo Hermann Hesse
    Torre Camuzzi CH - 6926 Montagnola
    Tel. 0041 91 993 37 70
    info@hessemontagnola.ch
    www.hessemontagnola.ch

     hesse_1 hesse_2 hesse_3 hesse_4 

    Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hermann_Hesse

    12/17/2007

    "Chasin' Cars", Snow Patrol

    P'tite vidéo de la semaine, et un des "single" que je trouve qu'on en fait pas assez des pareils (une des plus belle chanson de 2006-2007, absolument "parfaite" et qui vous bouffe la trippe et les neurones) : Chasin'Cars de Snow Patrol, au texte si simple mais si juste ; morceau qu'il m'est impossible de ne pas écouter en boucle (et paf une spleen song!).
     
    C'est aussi une chanson d'amour qui me ramène à un amour ... malheureux. Mais les sentiments sont toujours présents.
     
    Bonne écoute... et ne vous faites pas mal...
     
       A Sophie J., avec tendresse.

    La crise belge expliquée aux nuls (Le Soir)

    De nouveau du temps à consacrer à ce blog : yeah!. Dans les sciences ornithorynques le cas "Belgique syndrôme crisis" (la Belgique est une terre ornithorynque God seul sait pourquoi c't'animal a fini en Nlle Zélande, avec son bec wallon (tout mou) et sa queue flamande (toute plate) et le reste d'un peu partout).
     
    Bref, un article du Soir.Be (bon anniversaire Le Soir, 120 ans de quotidien aujourd'hui) pour expliquer la "crise aux nuls" (bref, la majorité d'entre nous et moi itou), qui reprend un peu le "fil historique" (à couper le beurre ... belge!) des événements.
     
    Le lien :
     
     
     
    Et vous pouvez y laisser vos commentaires (et ici aussi!).
     
    "Alors si on additionne un quart de flamoutche anversois à un tiers de wallonondidjou hesbignon, ensemble que l'on divise - c'est du belge - d'un brusselère de mère congolaise ça donne quoi..?". Help...
    12/7/2007

    Les... vendredi du spleen

    Ben ouais, y a pas que les mercredi, parfois je "naze" aussi les vendredi... et c'est du direct s'coup-çi, du tiré du jour... beuheu. La vidéo est au dessus... et les lyrics ici bas... je le sentais, elle était sur mon lecteur MP3... "When I meet God", de Marillion.
     
     
     
    When I meet God i'm going to ask her why love has no end and why we are all children inside...

    Les vendredi du Neuneu (3)...

    Cette semaine, y a pas photo, c'est "classe agricole et consorts à ne pas sortir". Prix du neuneu national pour le trop régional abruti flamoutche et sa clique :
     
    Le Neuneu Rouge jaune noir est accordé à Yves Leterme et sa clique de collabos NVA.
     
    Voila, et n'oublions pas : vlaams buiten!... ou en tout cas les "non belges", hop derrière (et sous?) l'Yzer.