Patichou 的个人资料L'Ornithorynque - reston...照片日志列表更多 工具 帮助

日志


2007/9/28

A few words from Yves Simon

Allez, again Yves Simon, tiré de "Jours ordinaires et autres jours", bouquin tout à fait recommandable.
 
"J'essaie d'exister avec seulement les yeux qui regardent. Etre heureux de cela et ne pas désirer un sexe, une plage ou l'autoroute qui transporte les rêves. Tourner en rond et enclencher un magnétophone de poche pour enregistrer seulement le bruit du vent".
 
Mais cela, les amateurs d'autoroutes et de plages sont incapables de l'entendre... toutes les autoroutes reviennent à Ploucville..!
 
C'est tout pour today, too. 
2007/9/27

A few words from Yves Simon

En cette période de spleen (sploutch!) :
 
"J'ai gardé de mon enfance les cruautés simples et les imaginations désordonnées. J'ai erré à la recherche des sorcières, des déesses, de Christ buvant des demi pression aux comptoirs des gares terminales, et je n'ai trouvé que moi, avec cette cicatrice étrange dans le regard et ces mains qui tremblent quand il faut se quitter".
 
Voila, c'est tout pour today.
2007/9/23

Vous avez écrit Théâtre : semaine Mûller, "la Déplacée" fin)

Allez, on boucle la "semaine Müller" et sa pièce La déplacée. Dommage, la matière est tellement vaste et belle. Un dernier tableau court, plus dialogué, et avec quelle maestria c'est écrit, rythmiquement imparable, et aussi une belle manière de raconter plusieurs choses importantes en une petite page, impressionnant... et pourtant "simple". Et l'importance de bien lire les didascalies, qui participent à la création de l'espace et du rythme, de la théatralité!. Magistral.
 
Tableau 10 :  Prairie. Jour.
Niet (la déplacée). Paysanne. Niet décroche les draps d'une corde à linge. La paysanne les compte. Détonation. Henne et Heinz trainent un tractoriste sur la scène.
 
HENNE : Il à sauté sur une mine avec le tracteur, sur mon champ. Il nous faut du drap, qu'il ne perde pas tout son sang, jusqu'à ce que le docteur vienne.
PAYSANNE : C'est moi qui ai posé la mine? C'est son champ?
HEINZ : C'est sa jambe.
TRACTORISTE : Vous là, si on me démonte l'os pour ton champ de merde, je vous tue tous.
Avec la prothèse.
HEINZ : Sinon, tout est encore en place?
TRACTORISTE : L'avenir est assuré si c'est à ça que tu penses.
Niet déchire un drap.
PAYSANNE crie : Mon drap!
Niet bande le tractoriste.
Je ne peux pas voir le sang. Elle le peut.
Henne et Heinz sortent avec le tractoriste.
Le drap sera retenu sur le salaire, sachez-le.
NIET : Oui.
 
Voila... deux exemples de théatralité? "Trainent un tractoriste SUR LA SCENE" ou "HENNE ET HEINZ sortent AVEC le tractoriste. Simple dites-vous? Oui... et non je dis moi, lol. Et en plus le rythme et la gestion spatiale... cherchez!
 
Ref : Heiner Müller "La Déplacée" - Les éditions de Minuit. +/- 13€.  
2007/9/20

Vous avez écrit théâtre : semaine Müller, "la déplacée"

Semaine Müller, enfin... presque, si on veut ; allez, un deuxième extrait, fin du tableau 9 : Fondrak - Niet (la déplacée). Rappel c'est en RDA.
 
Prairie - Nuit :
Fondrak : "La lune est plus grosse, toi aussi. Il tient la femme dans ses bras et boit la bière dans son dos. Pas la bière hélas. Quatre ans de paix et toujours pas douze degrés. La femme se dégage. De quoi déclarer une guerre. AS-tu beaucoup sous ta robe? Possible que l'herbe entre nous devienne subitement une frontière d'Etat, on a déjà vu en des chevaux vêler par politique, sans faire un pas tu es en Russie, moi en Amérique, faire des enfants sur la frontière, c'est de l'exportation, c'est défendu, l'importation est punie aussi. Il suffit que je te touche le sein et déjà ça mitraille. Il s'assied. Possible que le coup m'atteigne avant que je me relève. Ou me frappe un morceau d'étoile qui a explosé il y a trois mille ans, et te frappe aussi. Ou le sol, piétiné depuis Adam, usé par bétail et voiture, par les bombes depuis peu, se déchire, pourquoi tiendrait-il le coup, rien ne tient éternellement, un trou conduit au suivant, nous prenons la sortie comme le vieux Grec qui a sauté dans le cratère parce que plus aucune bière ne lui plaisait, j'ai oublié son nom. Ou la pesanteur s'arrête, toute cette étoile de merde dérape, nous montons au ciel direct sans faire le détour par les vers. Possible que l'étoile en atteigne une autre, Flint par exemple, qui me passe une ferme au cou, ou Krüger, cette sangsue, qui vit de ma soif. Possible que la pesanteur ne s'arrêtes pas, que le sol tienne le coup encore un bout de temps, pourquoi devrait-il se déchirer s'il a tenu aussi longtemps, mais combien de temps encore je vais tenir moi, mourir chez l'homme, c'est de naissance, le vers a le haut commandement : rassemble tes os, Fondrak, sors ta viande.
Etreinte. Un couple passe.
Tout ce qui vient s'en va, Hitler, douze ans il a
Duré et il s'en est allé lui aussi. Reste couchée.
S'il te faut saloper la journée, huit heures
De travail et pour d'autres, la nuit m'appartient.
Elle est assez courte et c'en est fini dés qu'il fait clair.
En Prusse on ne joue pas à saute-bouc en plein soleil.
Dans l'herbe il n'y a plus de place que pour trois seulement".
 
Voili voilou, joli exercice d'adresse de la parole, et très beau texte aussi, sorte de lyrisme est-allemand (lol!). Et "santé". 

2007/9/19

A few words from Peter Handke : Par les Villages

C'est période de... dossier rentré, et il reste tout CA au moins à faire... petite réplique tirée du texte, pour le plaisir (ou le sevrage?) :
 
Albin, ouvrier :
 
"Dans la coque de noix, cassée en deux, mon cerveau se tord. Personne n'a le mot de passe pour m'aider à en sortir, personne ne viendra plus gentiment s'accroupir près de moi, mon  regard désespéré ne trouvera plus d'autres yeux, mes lèvres tremblent désemparées, et je ne jappe vers aucun ciel dans les dernières vagues avant le néant, néant, néant".
 
Ouvrier, ou metteur en scène..? 
 
 
 
Et une vidéo de la semaine : Peter Handke by himself... tout en finesse!.
2007/9/15

A few words from Peter Handke : littérature...

Petite parenthèse Handke : la littérature est irréelle 
 
"La littérature est irréelle, irréaliste. Même la soi-disant littérature engagée, bien qu'elle se qualifie précisément de réaliste, est irréaliste, romantique. Car on ne peut s'engager qu'avec des actes et avec des mots conçus comme actes, mais pas avec les mots de la littérature. En la matière, une erreur est fort grave : un écrivain peut aisément gâcher son engagement, en construisant tout autour des poèmes et des histoires, parce qu'il est tenu de s'engager en tant qu'écrivain et non en tant que membre d'une société. Si jamais il devait y avoir une littérature engagée, il faudrait qu'elle écarte tout élément de jeu comme tout élément formel : il faudrait qu'il se passe de de fiction, de jeux de mots, de rythme, de style. Mais, pour cela, une définition nouvelle serait d'abord nécessaire. Ce type de littérature serait sérieux, sans équivoque, partie intégrante de la réalité : et c'est seulement à lui que s'appliquerait le mot "réaliste". (1966 - in "la littérature est romantique / j'habite une tour d'ivoire).
 
Et ce qui s'applique à la littérature s'applique aussi au théâtre... allez, zop, über die Dörfer...
2007/9/14

A few words from Ödön von Horvath et M. von H. : bêtise et infini

Rapido, entre deux impressions de cv... c'eût put être une vraie vérité vraie du mardi, mais on est vendredi, jour du poisson alors inutile de le noyer... quand aux gens bêtes : bloub je dis!
 
"Rien ne vous donne autant le sentiment de l'infini que la bêtise"
 
Epigraphe pour les "Légendes de la forêt viennoise".
 
"Et Charleroi est une ville infinie... Babel pleure". (M. von H.)
 
J'ai des excuses de "lâcher" Handke, c'est dans Handke... quoi donc? La phrase de Von Horvath da...(in "J'habite une tour d'ivoire", chapitre bêtise et infini...).
 
Et bloub j'ai dit bloub...
2007/9/13

A few words from Peter Handke : Epopée...

Bon eh bien, en cette période de remise des dossiers à la "Commission consultative d'aide aux projets théâtraux", où je rentre à nouveau le projet "Par les Villages" de Peter Handke (recalé l'an dernier... jamais fastoch' de s'remplir les poch' chez les fantoch', cornes d'Auroch'...) ; que je compte (ah si!) mettre en scène et créer à Charleroi vers octobre novembre 2008, à Charleroi (et nulle part ailleurs en ce qui concerne sa création!), qui permettrait - au mieux de la demande - financer ... 1/3 du projet (25.000€ sur 75.000 environ! - j'essaie de réduire...), et curieusement je pense que c'est ce tiers là le plus compliqué à trouver, le reste étant fonction du premier... Allez, la phrase qui "ouvre" le dossier, de Handke :
 
" Le Moi qui rêvait se transformait peu à peu en un Ca qui rêvait, et celui-ci on le prit dans une main et il fût montré en un geste large à l'humanité entière. C'est ainsi que commença l'épopée ".
 
Je dirai aussi que j'ai réuni l'équipe avec qui j'ai vraiment envie de travailler, avec une impatience toujours plus "exigeante"... :
 
Comédien(ne)s : Julie Marichal, Virginie Strub, Emilienne Tempels, Axelle Risselin, Caspar Langhoff, Vincent Sornaga, Yohan Cornu, Jimmy Araujo.
 
Scénographie : Anaïs Thomas.
 
Assistanat : Hanna Lasserre (???)
 
Projet image "Par les cimetières" (hors scène) : Alessandro Commodin
 
Mise en scène, création lumières : Patrick Leonard.
 
Allez on touche du bois (hop, poc!!!).
2007/9/11

eleven of september, jour subversif (M. von H.)

Citation du jour pour nos amis américains (on est mardi, donc jour des vraies vérités vraies du mardi - y'en a pas eu mardi dernier, car toutes les vérités, mêmes les miennes ne sont pas toujours bonne à dire, mais aujourd'hui c'est la Saint-Ornitho, alors je vous livre une vérité de M.von H.).
 
"Quand on se prend pour le Messie, il faut savoir en porter les stygmates"
 
Les stygmates sont plus ou moins visibles : chez Georges Bush, il en existe un non visible, un grand trou à l'arrière du front... et le 11 septembre est un jour à stygmates pour l'aviation sainte... Le WTC en est la marque la plus nette bien entendu ; pour dire aussi que l'aborigène de base sait une chose que l'américain moyen, voir supérieur oublie (pourquoi disent-ils tous "MOI"), c'est que quand tu lances un boomerang, il revient tout seul... l'oubli fait mal à l'égo...
 
Une ne l'a pas oublié : Laurie Anderson, avec sa "pièce maîtresse" "Ô superman", qu'elle ne retirera pas de son répertoire lors de son concert du 19 septembre 2001... je sais qu'il est de bon ton (tiens donc!) d'interdire tout les "avions sans ailes" (pauvre Charlélie!), les Airport" ou autres "aéroplanes blindés" du sieur Higelin, voir les "Orly" brelien (vas-y chante Ben : Dans mon airopline blindi... hihi... y voule bien, mais il l'attiri tri mal hihi) : c'est ridicule et con, et dires que les radios européennes de service public l'applique...
 
 
Et "O Superman" parle de grands avions américains, fait par des américains... vidéo complète donc et la vidéo restera toute la semaine, elle est belle, inteligente, critique. J'adore Laurie Anderson, qui est une artiste, pas une chanteuse de mes deuses (ça rime!).  Visitez (et écoutez) donc son site (lien çi-dessus), ses albums vont ressortir bientôt remastérisés ; ce qui doit être le cas du splendide "Big Science", son premier opus. 
2007/9/10

Vous avez écrit Théâtre : semaine Müller, La Déplacée

Allez, l'article d'hier me donne des envies, des idées - "La Déplacée" est vraiment une pièce exceptionelle, que je découvre (c'est génial on en apprend tout les jours!), et puis Muller c'est tellement drole, et grinçant à vous décalquer le dentier... L'humour dans Müller, tous ne le voit pas, mais c'est la première chose que j'y vois à chaque lecture, chaque texte (et pour l'avoir pratiqué, en études, aussi!).
 
Je vous livrerai, connexion toujours en rade je réduit le "format" des billets, mais ne renonce pas à leur écriture... Bref, quelques tableaux courts ou extraits qui me marquent, dans l'ordre chronologique du texte. Aujourd'hui, le "tableau 4" :
 
4 : Chambre - Niet (elle). Fondrak (lui).
 
NIET : Fondrak, plus rien ne me va, combien de temps encore à subir les quolibets?
Sous la prunelle la nuit
J'étais assez bonne pour toi, pour la vie, et belle aussi.
Avec une bouche rouge cerise et une poitrine de comtesse.
 
FONDRAK : C'était la pleine lune, maintenant je suis sans travail.
La poitrine n'est plus ce qu'elle était
Elle ne le sera plus jamais, les bonzes ici nous
Rafflent la viande, et maintenant en plus pousse en toi un bouffeur.
 
Il lui prend le lard des mains et le mange.
 
Si tes seins s'affaissent, il y a la mousse plastique, on en trouve chez l'américain. C'est dans les magazines que le jeune Senkpiel a rapportés de Berlin, il y fait le trafic des porcelets. Va chercher de la bière.
 
Voila, et vous noterez la forme versifiée du début, et l'usage de la prose pour le final. Pourquoi? Facile (enfin je crois - non, je suis sûr, et ce serait une volonté liée à la dramaturgie si je devais le monter ; c'est lié au rapport public). Disons pour faire court que la dernière partie s'adresse à tout le public, et fort probablement aussi aux "dames" du public ; mais aussi a donner les clés d'avancement du récit au public (rapport à Senkpiel, dont le public sait maintenant qu'il est jeune et trafique les porcelets à Berlin..."). Va chercher la bière" ramènes à Niet, et clos "techniquement" la scène : technique d'écriture, c'est tout! - au même titre que lui prendre le lard détache Fondrak de Niet pour "permuter" le rapport public, l'adresse de la parole.
 
Je reviendrai sur les persos etc... en temps voulu, par moi.
 
Bonus : de la drôlerie chez Müller (extrait d'un entretien au journal Der Spiegel, en 1983) :
 
 JOURNALISTE - Vous êtes un homme si drôle : pourquoi n'écrivez-vous que des choses sinistres? (haha ndlr!).
 
  H. MÜLLER - En fait, je trouve presque toutes mes pièces plutôt comiques. Je suis toujours étonné qu'on remarque si peu cette drôlerie et qu'elle soit si peu utilisée dans les spectacles. J'ai même écrit une vraie comédie, La Dépalcée. C4est peut-être parce qu'elle a été terriblement prise au sérieux et qu'elle a conduit à mon exclusion de l'Union des écrivains que j'ai été obligé ensuite de me cacher derrière un masque si sévère.
2007/9/9

Heiner Müller - La Déplacée, théâtre

Pour changer, une réplique tirée d'une pièce de théâtre, ici de Heiner Müller et de "La Déplacée" écrite entre 1957 et 1961, avec l'aide du Ministère de la Culture de RDA et, par ailleurs, destinée au Deutsches Theater et créée le 30 septembre 1961... et interdite le soir même, puisque - en apparence et tout à fait avec une sincère innocence* - celle-çi suivait les directives du Parti, avec pour thème la "réalité quotidienne de la construction du socialisme" (si c'est pas un thème burlesque, ça, je  me mets à la faucille - et de la main gauche - au fond d'un kolkoze-toujours!).
 
Pièce engagée donc, dont je vous livre "le final", via sa dernière réplique, splendide dans sa construction et la beauté du langage (une constante chez Müller!) mais aussi -surtout?- le propos.
 
FLINT -"Depuis que la terre tourne dans l'univers
Champ et Charrue sont toujours passés avant le paysan.
A présent le paysan passe avant champ et charrue.
La terre nous recouvrira tous bien assez tôt".
 
Précisons que c'était la pièce préférée de Müller, il en disait "L'histoire la plus dense en matériau, la plus fraîche aussi. C'est toujours comme ça : au début il y a une innocence dans les textes, qu'on ne retrouve jamais plus". C'est vrai que Mûller c'est d'une densité "très supérieure" à la moyenne en théâtre pour le metteur en scène, le dramaturge ou le lecteur, et une redoutable machine "à jouer" pour le comédien - Que demander de plus?. Des comédiens à la hauteur et, the last but not least, un spectateur "ouvert" - c'est le minimum... pas pour les ploucs, sorry!.
 
Comme prologue, on trouve aussi ces deux répliques, qui situent bien la thématique et son développement possible :
 
NIET - Qui reste hors de l'eau ne se noie pas.
 
FLINT - Bückling est mort. Couché dans le fumier, il pue.
 
  Ajoutons qu'il y en a qui puent tout autant vivant, jusqu'au plus profond de leur caboche, pas de raisons que ça s'améliore... et nous en connaissons tous qui ont la neurone qui sent la haine, la bétise et le goudron (les H.BG. nous les appelleront - ouais, c'est un code, même si on les connaît parfois sous le sigle FN, ou VMO, ou etc...).
 
 
* : si c'est lui, Heiner, qui le dit...
2007/9/2

A few words from Sade, Marquis de : "Des Dieux"

Bon ben restons dans la veine "prométhéene" (un homme tout feu tout flamme!)... et demandons nous ce que nous pourrions lui dire histoire de faire causette quand il sent un peu moins la fiente et que l'aigle s'enquiquine l'anus ailleurs... Et bien, je crois que lui lire du Sade lui ferait plaisir et "cautériserait" ses plaies. Alors, voici tiré de "Notes pour la Vérité" (vers 1787), à propos des Dieux :
 
"On évalue à plus de cinquante millions d'individus les pertes occasionnées par les guerres ou massacres de religion. En est-il seulement une seule d'entre elles qui vaille seulement le sang d'un oiseau? Et la philosophie ne doit-elle pas s'armer de toutes pièces pour exterminer un Dieu en faveur duquel on immole tant d'êtres qui valent mieux que lui, n'y ayant assurément rien de plus détestable qu'un Dieu, aucune idée plus bête, plus dangereuse et plus extravagante?
 
L'idée d'un Dieu ne naquit jamais chez les hommes que quand ils craignirent ou qu'ils espérèrent ; c'est à ce seul fait qu'il faut attribuer la presque unanimité de cette chimère. L'homme, universellement malheureux, eut dans tous les lieux et tous les temps des motifs de crainte et d'espoir, et partout il invoqua la cause qui le tourmentait, comme partout il espéra la fin de ses maux. En invoquant l'être qu'il en supposait la cause, trop ignorant ou trop crédule pour sentir que le malheur inévitablement annexé à son existence n'avait d'autre cause que la nature même de cette existence, il créa des chimères auxquelles il renonça dés que l'étude et l'expérience lui en eurent fait sentir l'utilité :
 
La crainte fit les dieux et l'espoir les soutint".
 
  Na! Et pour rire un peu (ou un peu plus!), tiré de sa "biographie", cette condamnation en 1763 :
 
"Quinze jours d'emprisonnement au fort de Vincennes pour "débauche outrée en petite maison" aggravée d'"impiété horrible"... Impiété horrible, on savait rigoler à l'époque, sur le fond et la forme... Impiété horrible, ça me dirait bien comme motif d'incarcération, pas vous?.
2007/9/1

A few words from Ismaïl Kadaré : "Prométhée"

Le retour de cette chronique, avec aujourd'hui un texte court (complet) d'Ismaïl Kadaré, écrivain albanais ayant quitté l'Albanie pour la France au début des années 90. Je ne suis pas mécontent de vous le proposer en lecture, puisque ce texte faisait partie (dés)intégrante du spectacle de création "Violence Ornithorynque"* monté il y a maintenant un peu plus de trois ans ; travail de collaboration entre Caspar Langhoff et moi-même, sous la direction pédagogique d'Armel Roussel à l'INSAS (il y avait entre autres textes, ceux de Caspar bien sûr et ses choix d'extraits de "Maüser" de Heiner Müller que j'interprétais plus mes nombreuses "impromptues", et des écrits de Pinter, Arrabal, Yves Simon, Gagarine (eh oui!), Zweig...). Tout ça pour vous dire que ce texte était interprété par Caspar, à qui j'avais donné comme "consigne" de "conter" ce texte au public, tout en interprétant une danse folklorique d'inspiration albanaise assez lente... Dit par l'Aigle (au "je"), par ironie certes, mais aussi parce qu'il est celui qui connaît le mieux Prométhée, et jusque dans sa trippe, et qu'ils sont suffisamment "intimement liés" pour qu'il puisse se permettre de lui fienter à la tête, lol!.
 
  Donc, ici ce texte "Prométhée" sous titré - et c'est important : "Dédié à tous les vrais révolutionnaires", tout un programme, et à méditer!
 
"Prométhée"
Dédié à tous les vrais révolutionnaires
 
"Depuis trois jours déjà, l'aigle ne venait pas, comme à l'accoutumée, lui manger le foie. Pour la première fois depuis dix mille ans, ses terribles souffrances ne le tourmentaient pas. Son corps, appuyé au rocher connut le repos. Il avait sommeil. Quelqu'un était intervenu auprès de Zeus, pensa-t-il avec indifférence.
 
Le quatrième jour, il sentit, dans son flanc, son foie qui grossissait et devenait pesant. A la place où s'enfonçait le bec de l'aigle, il sentait maintenant une masse amorphe, calme et confortable qui grossissait petit à petit et s'étalait sur son corps. Ses muscles, tendus chaque jour par la souffrance, s'amolissaient, se relâchaient comme gagnés par le sommeil.
 
Que se passe-t-il? se dit-il, le cinquième jour, comme au sortir d'un mauvais rêve. Où est l'aigle? Pourquoi ne vient-il pas? Son foie avait beaucoup gonflé maintenant, et il pendait de son corps telle une belle et douce éponge**.
 
Le sixième jour, il sentit que son foie était tranquillement en train de le recouvrir tout entier. Si l'aigle ne vient plus, je vais mourir, se dit-il, plein de ressentiment. Il sentit qu'il allait mourir de bien-être. De toute sa vie il n'avait jamais accepté aucun compromis. Bien des gens avaient voulu le réconcilier avec Zeus, mais il avait accueilli leurs ouvertures avec mépris.
- Qui a osé encore intervenir pour moi? rugit-il.  Mais alentour il n'y avait personne pour l'entendre. Tout à côté, un petit morceau de brouillard passait doucement. Plus loin, il pleuvait.
 
Le septième jour, il lui sembla voir, au loin, approcher les ailes de l'aigle. Mais ce n'était pas l'aigle. C'était un avion de transport qui volait lentement au-dessus des montagnes.
Il laissa pendre sa tête sur sa poitrine et attendit dédaigneusement la mort. Mais, à l'instant où ses yeux allaient s'éteindre, il distingua loin, très loin, entre deux nuages, une petite tache qui approchait et grossissait continuellement. Il leva la tête, tendit ses muscles et attendit le terrible coup de bec. Quand il s'enfonça, comme d'habitude, d'un coup lourd et sourd dans son foie gonflé, il se dit : Je suis sauvé.
 
Des nuages pesants et noirs passaient au-dessus de lui, telles des corbeilles géantes remplies de vapeur, de fracas et d'électricité".
 
Voila, et Kadaré a beaucoup d'humour... et comme s'est écrit aussi avec beaucoup de talent et quelque ironie, c'était, au-delà du texte, une scène assez drôle et qui disait bien ce qu'elle voulait dire : "le combat n'est pas terminé contre la tyrannie, la grande - et la petite aussi, de la petite bourgeoisie propriétaire ou commerçante" (tiens on dirait les slumbs!!! mais divins, ceux-ci, dans l'avant cour des Dieux!).
 
 
Vous vous rappelez, cette phrase, si belle de lui (les débuts de cette chronique!) que je vous la redonne (Tirée de"La ville du Sud") :
 
"A ce moment, ses yeux cendrés me parurent deux ruines miraculeuses".
 
* : "Violence Ornithorynque" est né de la contraction(sic) du projet de Caspar : "Maüser", de Müller (où j'étais comédien) ; ainsi que de mon projet de mise en scène et jeu (seul!) intitulé "Terra Interruptus - Coït Incognita"(re-sic). On s'a bien amusés!..
** : Prométhée mourir comme un bourgeois-en-croûte... Zeus ne le permettrait tout de même pas! Si? - Nan!.